DANSONS LA CAPUCINE
VIEILLE CHANSON
A ma gyaiid'nicre Charlotte.
Dansons la capucine !
Le pain manque chez nous.
Le curé fait grasse cuisine, Mais il mange sans vous.
Dansons la capucine !
Et gare au loup, You!...
Dansons la capucine!
Le vin manque chez nous.
Les gros fermiers boivent chopine, Mais ils trinquent sans vous.
Dansons la capucine!
Et gare au loup.
You!...
Dansons la capucine !
Le bois manque chez nous.
Il en pousse dans Ja ravine, On le brûle sans vous.
Dansons la capucine!
Et gare au loup, You!...
Dansons la capucine!
L'argent manque chez nous !
L'empereur en a dans sa mine, Mais ça n'est pas pour vous.
Dansons la capucine!
Et gare au loup, You!...
Dansons la capucine !
L'esprit manque chez nous.
L'instruction en est la mine, Mais ça n'est pas pour vous Dansons la capucine!
Et gare au loup, You!...
Dansons la capucine!
L'amour manque chez nous.
La pauvreté qui lassassine L'a chassé de chez vous.
Dansons la capucine !
Et gare au loup, You!...
Dansons la capucine!
La tristesse est chez nous.
Dame Misère est sa voisine Et vous en aurez tous.
Dansons la capucine!
Et gare au loup, Youl...
Dansons la capucine!
La misère est chez nous.
Dame Colère est sa voisine, Et vous en aurez tous.
Dansons la capucine!
Et gare au loup, You!...
Dansons la capucine!
La colère est chez nous.
Dame Vengeance est sa voisine, Courez et vengez-vous !
Dansons la capucine!
Et gare au loup, You!...
Ile du Moulin-Joly, 1866.
Musique de Marcel Legay. — Editeur : M. Bassereau, 240, rue Saint-Martin, Paris.
Bien que ma grand'mèro soit morte depuis bien des années, je pense souvent à elle et je crois encore l'entendre me raconter ses vieilles histoires.
Son bon cœur et son esprit naturel lavaient fait aimer de tous ceux qui fréquentaient l'île Saint-Ouen ou l'île du moulin de Cage, comme on rappelait alors qu'elle avait ses grands arbres, sa ferme et cette superbe avenue qui conduisait du bac au moulin.
Que d'hommes illustres aujourd'hui dans les arts et dans la littérature se sont rencontrés là, griffonnant ou crayonnant leurs premières œuvres, aj-ant alors plus d'espérances en tète que d'argent en poche.
Ils aimaient tous cette mère Charlotte qui les recevaient à bras ouverts, ayant toujours un mot pour rire et, ce qui n'était pas à dédaigner, une bonne omelette au lard, un pichet de vin, du lait au service de ceux qui avaient... par hasard... oublié chez eux leur porte-monnaie... vide.
Ah ! que j'étais heureux quand, à force de supplications, elle obtenait de ma mère, qui, elle, n'avait pas souvent le mot pour rire, de m'emmener passer doux ou trois jours dans son île !
Le soir, après m'avoir conté quelques histoires, pour m'endormir, elle rao faisait sauter sur ses genoux en me chantant la Capucine.
11 paraît que je riais comme un bienheureux et que je criais : Encore! comme un petit enragé.
Grand garçon, j'ai souvent fredonné la chanson de ma grand'mère Charlotte, et depuis je l'ai entendu chanter bien des fois par de pauvres petits enfants à peine vêtus et mal nourris, qui, eux aussi, riaient en dansant en rond.
J'ai voulu rajeunir cotte rengaine pour que les braves gens qui ont souci de l'avenir l'apprennent à leurs enfants.
Ils sauront, au moins, en grandissant, la cause de leur misère et peut-être essaieront-ils d'y remédier.