‹ ChansonsChapitre 7 sur 105 · L'ABSTINENCE · texte numérisé non relu

L'ABSTINENCE

A Pacra.

L'abstinence est, ma chère enfant,

La sœur de la philosophie. . .

Il faut savoir, quand on n'a pas d'argent. Rester à jeun sans maudire la vie.

Aimer un Dieu puissant et bon Et se nourrir d'une sainte croyance...

Vite, Margot, servez-moi le bouillon,

Ce soir, je prêche l'abstinence.

Il faut se contenter de peu,

Se montrer humble autant qu'austère.

Un peu de pain béni par le bon Dieu Suffit au corps et tient lame légère...

L'estomac est ce qu'on le fait :

Or, trop manger charge la conscience...

Allons, Margot, servez-moi le poulet,

Ce soir, je prêche l'abstinence.

La vigne est un bien superflu Que le bon Dieu permit à l'homme.

Mais un peu d'eau suffit à la vertu Gomme au péché n'a suffi qu'une pomme...

Or, le vin troublant nos cerveaux Est le poison de notre intelligence...

Allons, Margot, mon flacon de Bordeaux,

Ce soir, je prêche l'abstinence.

Le bon Dieu permet quelquefois

Le pain, le vin à notre table...

Mais il défend les beaux fruits que je vois Et qu'on ajoute à trop de confortable...

Ce luxe-là corrompt et perd Tout ce qu'en Dieu nous avons de croyance. Allons, Margot, servez-moi le dessert,

Ce soir, je prêche l'abstinence.

Or, on n'est pas bien vertueux

Quand on a tout ce qui peut plaire...

Car pour gagner le royaume des cieux Il faut un droit qu'on achète sur terre...

Donc, l'homme, avec humilité, Pour y monter, doit faire pénitence...

Allons, Margot, une tasse de thé,

Ce soir, je prêche l'abstinence.

Il faut savoir borner ses vœux...

Si le bon Dieu permet qu'on aime, Il ne dit pas d'être voluptueux...

Car les amours ont aussi leur carême.

Pourtant, sans le rendre jaloux, On peut parfois s'aimer avec prudence...

Allons, Margot, venez sur mes genoux, Ce soir, je prêche l'abstinence.

Paris, 1866.

Musique de A. Ollivier. — Editeur: M. Gauvin, place Valois, 6, Paris.

Comme beaucoup d'autres, cette chanson eut maille à partir avec la censure.

Les puritains de l'empire ne permettaient pas qu'on mît en scène un curé un peu trop friand dos choses de la terre.

Cependant, il n'en manque pas.

Après bien des refus, l'éditeur finit par obtenir le visa de cette chanson en changeant le titre de l'Abstinence par celui de Mon grand'pére et sa bonne.

La religion était sauvée !...

A m en !

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