ALLONS FAIRE UN TOUR A LA BANQUE
An citoyen Bouty.
Le travail manque!
Il est grand temps, Les enfants, D'aller faire un tour à la Banque.
Voilà des mois qu'on ne fait rien.
Cependant, comme un galérien
On arpente la capitale,
Et sans une croûte à ronger,
L'estomac bat la générale
A la porte du boulanger.
Le travail manque!
Il est grand temps, Les enfants, D'aller faire un tour à la Banque.
La faim a gagné les faubourgs ;
Ça ne peut pas durer toujours,
Car les femmes crieraient : Tant pire!
Quand nos enfanfs veulent du pain,
C'est pas possible de leur dire :
Nous vous en donnerons demain.
Le travail manque !
Il est grand temps, Les enfants, D'aller faire un tour à la Banque.
On jeûne et l'on est endette, Tout est au Mont-de-piété :
On couche à môme la litière, On a mis jusqu'aux draps de lit ! Et l'on a beau pleurer misère, Les marchands ne font plus crédit.
Le travail manque !
II est grand temps, Les enfants.
D'aller faire un tour à la Banque.
Il paraît que les hnanciers,
Les commerçants, les usiniers
Sont logés à la môme enseigne.
Ils font faillite à qui mieux mieux.
Les pauvres gens ! le cœur m'en saigne !
Si nous pouvions faire comme eux !
Le travail manque !
Il est grand temps, Les enfants.
D'aller faire un tour à la Banque.
Ne serait-il pas plus moral, Pour mieux remédier au mal, De troubler un peu l'existence Des crésus et des ripailleurs, Qui condamnent à l'abstinence La famille des travailleurs?...
Le travail manque !
Il est grand temps, Les enfants, D'aller faire un tour à la Banque.
En bonne comptabilité,
Il est de toute utilité
Qu'on nous ouvre un peu ce « Grand-Livre »
Pour que nous connaissions... en cas...
Ceux que nous faisons si bien vivre
Alors que nous ne vivons pas.
Le travail manque!
II est grand temps.
Les enfants, D'aller faire un tour à la Banque.
Tous les gouvernements défunts Ont bien contracté des emprunts.
Puisque la crise est générale, Faisons notre emprunt ouvrier...
La République sociale Signera les bons à payer!
Le travail manque, Il est grand temps, Les enfants, Daller faire un tour à la Banque.
Paris-Montmartre, 1884.
Éditeur : M. Bassereau, 240, rue Saint-Martin, Paris.
En 1848, les ouvriers firent à la République le sacrifice de trois mois de misère pour donner aux hommes du gouvernement provisoire le temps de s'installer aux affaires et de leur donner du travail.
Deux mois plus tard, on les récompensait de leur admirable dévouement à la République et de leur sacrifice surhumain en les massacrant dans les rues de Paris.
Voilà quatorze ans que les travailleurs de la République actuelle font le sacrifice d'attendre que les hommes qui se succèdent au pouvoir daignent soccuper de leur misérable situation.
Aux cris de détresse que la faim leur a fait jeter de temps en temps, les dirigeants ont invariablement répondu par des menaces, des déploiements de troupes et de police.
Cependant on sait en haut lieu que, depuis plus d'un an, cent à cent cinquante mille ouvriers de Paris ont à lutter contre le chômage, et que la situation est la même en province.
Néanmoins les dirigeants continuent leur petit train-train parlementaire et laissent le mal s'aggraver.
Aussi voit-on tous les jours des milliers de pauvres diables qui arpentent les rues de Paris cherchant du travail et du pain.
Qu'on prenne garde : les travailleurs pourraient bien se lasser d'avoir faim et d'aller en vain faire un tour à la grève et dans les ateliers, puisqu'on n'y embauche pas.
CHIEX D'TEMPS
A Moitsseaii.
Allons, Trompette, mon vieux chien, L'temps a parfois cVmauvais's idées.
Voilà j'espèr' de bell's ondées, Ça tombe comm'si ça n'coùtait rien!
Ah ! bah ! mouiir-nous comm' trois vieiH's souches, Gomm" trois conscrits de vingt-cinq ans ; Mais respecte au moins nos cartouches... Chien d'temps !
En roule, en route, hé! mauvais' troupe, Nous n'arriv'rons pas pour la soupe.
Chien d'temps!
Si l'on nous punit pour un jour Que j' maraudons, c'est ben sévère!
Quand les Russ's nous laiss'nt à rien faire. Faut ben s'battre avec leur bass' cour. Fil' droit, Trompette, et du courage, J'ai six canards qui m'batfnt les flancs... Ils étaient douze, c'est dommage!
Chien d'tempsl
En route, en route, ho! mauvais' troupe. Nous n'arriverons pas pour la soupe.
Chien d'temps!
J'allais pincer mes douz' canards Quand j' vis paraître un' brune fille.
Miir bomb's, elle était si gentille Qu' ça m' fit lâcher les six gaillards. J' voulais lui dir' : Foi d' militaire, Les Français sont brav's et galants !
Mais la p'tite eut peur du tonnerre.
Chien d'temps !
En route, en route, hé! mauvais' troupe. Nous n'arriv'rons pas pour la soupe.
Chien d'temps!
Au risque mêm' d'être éventré, Je suivis la brune fillette.
Et dans la grang', mon vieux Trompette, On s"est passé d' maire et d' curé.
Brave en amour, comme à la guerre, Je n'ai pas compté les instants...
Ça s'ra d' ta faute, si j' deviens père. Chien d'temps!
En route, en route, hé! mauvais' troupe. Nous n'arriv'rons pas pour la soupe.
Chien d'temps!
Camisard, t'as pas l'air joyeux
De c' que l'orag' nous débarbouille :
G'est-y parc' que tu r'viens bredouille. La gourde vide et 1' ventre creux? On n' fait pas toujours de bonn's prises : D'main, tu ratrap'ras les instants, Et m'ssieurs les Russ's en verront d' grises Chien d'temps!
En route, en route, hé! mauvais' troupe, Nous n'arriv'rons pas pour la soupe.
Chien d'temps !
Paris-Montmartre, 1866.
Musique de Darcier. — Éditeur : M. Labbé, 20, rue du Croissant. Paris.