MOIS VENTRU
A l'ami Armand Richard.
Pan, pan, pan !
Le mois ventru, c'est le présent Du soleil et de la rosée.
Pan, pan, pan !
La vigne est leur enfant Pur sang.
Pan, pan, pan!
C'est la pressée.
Vive Bacchus et saint Vincent!
Pan, pan, pan!
Holà, Bacchus! Holà, Grégoire!
Tous les piliers de cabarets.
Holà, nous tous qui savons boire Sans chanceler sur nos jarrets!
Holà! chantons comme des chantres Qui boivent du matin au soir; Chantons en cerclant le pressoir Et les muids, ronds comme nos ventres!
Pan, pan, pan!
Le mois ventru, c'est le présent Du soleil et de la i-osée, etc.
Comme les yeux des jouvencelles, Comme la mousse en plein été, Comme une branche de prunelles, Le vin en robe est velouté.
Remplaçons sa robe vermeille, Brodée au soleil du printemps.
Par nos pressoirs aux larges flancs, Par nos tonneaux et la bouteille.
Pan, pan, pan!
Le mois ventru, c'est le présent Du soleil et de la rosée, etc.
Il faut que tout le monde vive ; Mais l'oiseau n'en laissera pas :
Il fait ribote avec la grive Et roule sous les échalas.
Apprêtons-nous pour les vendanges :
Sortons les bachoux, les paniers ; Ouvrons les caves, les celliers; Préparons même jusqu'aux granges!
Pan, pan, pan !
Le mois ventru, c'est le présent Du soleil et de la rosée, etc.
Jeunes et vieux, buvons rasades :
Le vin rend les hommes gaillards.
A demain les douces œillades, Les chants et les mots égrillards.
Pour vendanger les vins de France, Il faut des gars et des lurons, ■ Des fillettes et des chansons, Et des musettes pour la danse !
Pan, pan, pan!
Le mois ventru, c'est le présent Du soleil et de la rosée, etc.
Demain, à l'aube, les fillettes Couperont la grappe à genoux.
Les vieux conduiront les charrettes, Les gars porteront les bachoux.
A l'appel de nos vigneronnes, Nous goûterons dans les sentiers.
Nous souperons dans les celliers, Et danserons autour des tonnes !
Pan, pan, pan!
Le mois ventru, c'est le présent Du soleil et de la rosée.
Pan, pan, pan!
La vigne est leur enfant Pur sang.
Pan, pan, pan!
C'est la pressée.
Vive Bacchus et saint Vincent!
Pan, pan, pan !
Noyen-sur-Sartho, 1806.
Éditeur : M. Bassorcau, 240, ruo Saint-Martin. Paris.
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