LES FOUS
Air : En revenant de Bàle en Suisse.
Mes amis, au temps où nous sommes, Quand on les a bien remarqués, On croirait que chez beaucoup d'hommes Tous les cerveaux sont détraqués.
Moi , je les regarde
Et ris en dessous ;
On doit prendre garde
De fâcher les fous.
Milord Lingot prit Isabelle Dans le besoin le plus urgent, Et dit à chacun que la belle Ne l'a pas pris pour son argent.
Moi, je le regarde
Et ris en dessous;
On doit prendre garde
De fâcher les fous.
DE BKAZ1EH.
A soixante ans, le bon Clitandre Epouse la jeune Clara , Et répète à qui veut l'entendre Qu'à son amour il suffira.
Moi, je le regarde
Et ris en dessous ;
On doit prendre garde
De fâcher les fous.
Sorti de son collège, à Pâques, Paul m'apprend qu'il fait un journal Où de Voltaire et de Jean-Jacques Il va dire beaucoup de mal.
Moi, je le regarde
Et ris en dessous ;
On doit prendre garde
De fâcher les fous.
A rien ne voulant se soumettre, Hier le bon monsieur Gobert Me dit qu'on devrait tout remettre Homme au temps du roi Dagobert.
Moi , je le regarde
Et ris en dessous;
On doit prendre garde
De fâcher les fous.
Croyant l'avoir bien défendue , Maint candidat très réputé , Prétend que la France est perdue Parce qu'il n'est plus député.
Moi , je le regarde
Et ris en dessous;
On doit prendre garde
De fâcher les fous.
Aux Français, retenant sa place , Tous les soirs le jeune Dailli Dit que Corneille est à la glace Et que Molière a bien vieilli.
Moi, je le regarde
Et ris en dessous ;
On doit prendre garde
De fâcher les fous.
Bien des gens, avec assurance, Soutiennent que le vieux Grétry N'a jamais fait chanter en France Autant que monsieur Rossini.
Moi, je les regarde
Et ris en dessous ;
On doit prendre garde
De fâcher les fous.
Enfin, j'en vois dont la ressource Est dans la rente ou l'écarté , Qui parlent d'honneur à la Bourse , Et, dans les jeux, de probité.
Moi, je les regarde
Et ris en dessous;
On doit prendre garde
De fâcher les fous.
regrets:.
Air: Robert disait à Claiic.
Trop long-temps la folie
V reçu mon encens, Tendre mélancolie, Prête-moi tes accents.
A. mon luth , moins sonore , Aujourd'hui, viens offrir Un doux refrain encore; Demain, je puis mourir.
V l'amoureuse ivresse Succéderont les pleurs ; Aimons, quand la tendresse Nous couronne de fleurs...
Mais, sur mon front, Isaure, Le temps va les flétrir.
Un peu d'amour encore; Demain, je puis mourir.
Je fuis, en homme sage, Les désirs insensés; Pour finir le voyage J'aurai toujours assez.
Si le malheur m'implore, Je veux le secourir...
Un peu de bien encore; Demain, je puis mourir.
J'ai vu de ma patrie Les généreux guerriers, Du Nord en Ibérie Transplanter leurs lauriers :
Ces lauriers que j'honore, Doivent-ils refleurir? ..
Lin peu de gloire encore; Demain , je puis mourir.
Si la Parque sévère Doit nous atteindre tous , (lardons que notre verre Ne se brise avant nous.
La grappe se colore Et va bientôt mûrir; Un peu de vin encore ; Domain, je puis mourir.