PLUS TARD
Air: Dis-moi, soldat, dis-moi, t'en souviciis-iu?
Livrant mon ame à la mélancolie, J'avais promis, pour jouir du repos, Aux francs lurons qu'inspire la folie De déserter pour jamais leurs drapeaux ; Mais près d'Ovide et d'Horace en délire, Je vois Collé, Piron, Chaulieu, Favart; Et, je me dis :« Pourquoi quitter ma lyrc?^ « Cliantons encor, nous verrons ça plus tard. » ]
Ayant déjà passé la quarantaine, Et regrettant la perte des beaux jours, J'allais, hélas !... mais non sans quelque peine . Faire tout bas mes adieux aux amours.
Mais j'ai vu Lise, et, malgré sa jeunesse, Elle a sur moi jeté son doux regard... Et je me dis : « Pourquoi fuir la tendresse? -, Aimons encor, nous verrons, ça plus tard. »
Craignant aussi que la goutte cruelle Ne me surprît au milieu d'un festin, J'avais fait vœu, tant j'ai d'horreur pour elle: De mettre enfin un peu d'eau dans mon vin ; Mais de buveurs j'aperçus une troupe Qui s'enivraient de joie et de Pomard; Et je me dis : « Pourquoi briser ma coupe ? « Buvons encor, nous verrons ça plus tard. »
Lassé de voir l'ignorance et l'envie
Sur les talents distiller leur poison,
Je fais serment d'abandonner la vie;
Dans ce projet j'affermis ma raison;
Mais l'amitié me console et m'invite
A différer le moment du départ ;
Et je me dis : « Pourquoi mourir si vite?
«Vivons cncor, nous verrons ça plus tard.
Cil AN SONS