ROMANCE GOURMANDE
Aib : Parlant pour la Syrie.
Souffrez que je vous dise, Dans maint petit couplet, Qu'amour ou gourmandise Egalement me plaît.
J'aime, je le confesse, A varier mes tons Par des chants de tendresse Ou des refrains gloutons.
De bons livres avide,
Mon goût s'habitua
A n'admirer qu'Ovide
Ou bien Gargantua.
Je les chéris de même,
Vous allez en juger!...
L'un dit qu'il faut qu'on aime.
L'autre qu'il faut manger.
L'amour et la cuisine Me partagent ainsi :
J'aime une jambe fine, J'adore un pied farci.
On peut toujours me prendre .
Quand j'ai bon appétit, Par un regard bien tendre, Par un gigot bien cuit.
Je suis toujours traitable ; S'il s'agit d'un repas, Je me passe de table Comme faisait Bias; Comme lui , peu sévère , Sur mes genoux je mets Mon assiette et mon verre , Et ma maîtresse après.
Le Bordeaux , l'anisette , Ont de belles couleurs , Aussi, chez ma grisette, J'en porte au lieu de fleurs ; Ma soif étant très vive Tout le long du banquet , Quand le dessert arrive Nous buvons le bouquet.
Souvent un doux mensonge M'offre Rose ou Myrthé ; Une autre fois en songe Je crois voir un pâté.
Mes amis, voilà comme Je suis, le verre en main , La veille, gastronome, Amant le lendemain.