LES AMOURS EN NOURRIE
Air : A voyager passant sa vie.
ou: Voulez-vous, charmante Azélie.
Savez- vous pourquoi sur la terre Les enfans que l’on nomme Amours Et de goût et de caractère Entre eux diffèrent tous les jours ?
C’est que Vénus, à son caprice,
Fit nourrir ces jolis marmots;
Et que chacun de sa nourrice Prit les vertus ou les défauts.
L’aîné de la jeune famille ,
En véritable enfant gâté ,
Fut élevé comme une fille ,
Et nourri par la Volupté.
Bercé par l’heureuse Mollesse, Et caressé par les Désirs ,
11 fut sevré par la Tendresse,
Et devint le dieu des plaisirs.
Flamme éphémère et cœur de ruche , L’autre a des flèches à tout prix;
Son carquois lui sert de sacoche , Est-ce un des en fans de Cypris?
Nourri, gâté par l’Avarice,
Il vendrait, pour un vil métal.
Sa mère, ses sœurs, sa nourrice...
Ah ! voilà bien l’Amour vénal.
Un soir Vénus dans une fête
A son cou portait un poupon ;
La Mode l’aperçoit, l’arrête,
Et le prend pour son nourrisson.
De goût, d’humeur et de méthode,
Comme elle il change à chaque instant.
Enfin , c’est l’amour à la mode...
Ah ! c’est donc l’Amour inconstant.
Quel est cet enfant que l’on fronde Pour son air boudeur ‘et chagrin? - Vénus, en le mettant au monde-,
Eut-elle un regard de Vulcain?
D’un vain bourlet la Jalousie Couvrit son front tant bien que mal ; De bosses sa tête est garnie...
Ah ! c’est donc l’Amour conjugal !
Bravant les frivoles alarmes ,
, Les cris et les pleurs de Cypris,
Dans un camp , au milieu des armes , Mars déposa l’un de ses fils.
C’est ainsi qu’au, sein de la gloire, Entre le myrte et le laurier,
Sur les genoux de la Victoire,
S’est élevé l’Amour guerrier.
Mais dans les bras de la Folie , Entouré des ris et des jeux,
Le corps tout barbouillé de lie ,
Quel est cet enfânt si joyeux?
Au plaisir seul il s’abandonne ,
Le chagrin sur lui ne peut rien ;
Il a pour nourrice une tonne...
Ah ! c’est l’Amour épicurien.