LE MIEUX EST L’ENNEMI DU BIEN
Ai a : Je loge au quatrième étage, ou : Aux soins que je prends de ma gloire.
Chacun dans sa modeste sphère A ses plaisirs et ses ennuis ; *
Je ne vois rien de mieux à faire
Que de rester comme je suis.
Qui veut s’élever perd sa place; Qui veut s’enrichir perd son bien ; / Portons chacun notre besace :
Le mieux est l’ennemi du bien.
J’avais une petite aisance,
Je savais borner mes désirs ;
Mais tout-à-coup de l’opulence Je veux savourer les plaisirs.
Le jeu, les tontines, la banque, Semblent m’en offrir le moyen;
Je risque tout, et tout me manque :
Le mieux est l’ennemi du bien.
Voisin, parent, ami, maîtresse, Jusqu’à ma servante Babet,
Tout me quitta dans ma détresse , Tout, hormis un pauvre barbet.
J’avais cru trouver dans le monde Un meilleur ami que mon chien ; Chacun me trahit à la ronde :
Le mieux est l’ennemi du bien.
Fillette plus tendre que sage Charmait et mon cœur et mes yeux; Mais je crus que le mariage Me rendrait encor plus heureux :
Avec femme vive et jolie Je formai le plus doux lien,
Et dieu sait comme je m’ennuie !
Le mieux est l'ennemi du bien.
Quoique d’une faible structure, Faisant bien mes quatre repas ,
Je reprochais à la nature De ne m’avoir pas fait plus gras ; Pour m’arrondir comme tant d’autrt j, J’appelai certain Galien ,
Qui manqua m’envoyer aux peautres :
Le mieux est l’ennemi du bien.
Le gousset plein, la panse ronde,
Je me forge encor des soucis :
Je veux partir pour l’autre monde, J’espère aller en paradis ;
Mais, près de finir ma carrière, Comme je suis un franc vaurien ,
De Satan je vois la chaudière...
Le mieux est l’ennemi du oien.