L’OCCASION FAIT LE LARRON
Air : Tenez , moi je suis un bon homme.
Le brigandage est à la mode;
Il faut voler, il faut piller :
C’est le moyen le plus commode De s’enrichir et de briller.
Au spectacle ; ainsi qu’à l’église ,
Au palais , ainsi qu’au perron ,
On a pris partout pour devise :
L’occasion fait le larron.
Au Pinde , pour prendre racine , Plus d’un poète, fin renard,
A pillé Corneille et Racine,
A pillé Molière et Regnard.
Dans mes chansons si l’on m’accuse De piller Panard ou Piron ,
Que mon refrain soit mon excuse :
L’occasion fait le larron.
Partout on trompe , on dévalise ;
On volerait je ne sais où.
Que voit-on parfois à l’église ?
Jeune coquette et vieux filou.
Tandis que le pasteur démontre Sa morale dans un sermon ,
L’un prend un cœur, l’autre une montre :
L’occasion fait le larron.
Au palais vous savez qu’on gruge Les veuves et les orphelins ;
Et cependant c’est là qu’on juge Les maladroits et les coquins.
Pendant qu’on se bat , qu’on se roule , Pour voir condamner un fripon , Trente se glissent dans la foule :
L’occasion fait le larron.
La loterie et les tontines ,
Les maisons de prêt et de jeux ,
Sont des écoles de rapines,
Et le tombeau des malheureux.
En novice veut tout connaître; Il y reçoit mainte leçon,
Et bientôt il est passé maître :
L'occasion fait le larron.
Butin d’amour seul m’intéresse :
Vive ce genre de larcin !
D’un ami je prends la maîtresse.
Ou la femme de mon voisin.
En vain je voudrais être sage Auprès d’un aimable tendron ; Le voisin dort, l’ami voyage :
L’occasion fait le larron.
Oui, j’approuve le vieil adage, Les batailles font les héros, L’expérience fait le sage ,
Et les richesses font les sots.
Les louanges font la coquette ,
Le Champagne fait le luron ,
La nature fait le poète, L’occasion fait le larron.
Mais des voleurs le plus avide ,
Le plus barbare , c’est le Temps.
Souvent dans sa course rapide Il moissonne nos plus beaux ans; Demain il nous prendra peut-être Vidons jusqu’au dernier flacon, Méfions-nous de ce vieux traître ; L’occasion fait le larron. t