LES PAS
Air : J’ai vu partout dans mes voyages.
Amis, la vie est un voyage Que l’on fait trop rapidement ;
Il faudrait, dans le cas d’orage, S’arrêter au moins un moment.
Quand de fleurs la route est garnie.
Hélas! pourquoi ne peut-on pas, Lorsque cette course est finie , Retourner encor sur ses pas ?
Sur le chemin de la fortune.
Des faveurs de Plutus comblé.
Maint parvenu nous importune En allant le pas redoublé.
Mais emporté dans la carrière, Son char s’y brise avec fracas
Et près de toucher la barrière ,
On le force à changer de pas.
Vieillard qui prend l’amour pour guide.
D’un faux désir sentant l’éclair,
En allant au temple de Gnide A fait souvent des pas de clerc.
Parés des grâces du bel âge ,
De nos jours que l’on voit de fats Entreprendre aussi ce voyage,
Et ne faire que des faux pas.
Chéris de Momus et des Grâces ,
Les gais chansonniers du Caveau Des plaisirs ont suivi les traces, Pourquoi prendre un chemin nouveau ?
Effeuillons la rose jolie Aux lieux témoins de leurV ébats:
Dans le sentier de la Folie
Tâchons de marcher sur leurs pas.
Lorsque mon corps, brisé par l’âge,
En chancelant se traînera ,
Et que le terme du voyage A mes yeux éteints s’offrira ,
Des amours que l’aimable troupe M’entoure à mon dernier repas ,
Qu’ils m’aident à vider ma coupe , Gaiment je sauterai le pas.