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Chansons; morceaux choisis. Préf. de comte Serge Fleury (Noël Ramère)

" Monsieur Béranger, vous êtes bon et malin, moi je ne suis que bon." Ces mots du Père Enfantin pourraient servir à caractériser le chansonnier si celui qui les rapporte dans " les Souvenirs d'un Parisien " (i) K'y ajoutait lui-même de la malignité.

Regarder le portrait du poète. Malgré les folles prétentions nobiliaires de son père, Béranger est un homme du peuple. Il en a toute la physionomie et nul n^est moins aristocrate. Plébéien, au costume simple et sévère, la tête forte, il a tout d'abord, disent ses contemporains, Vair vulgaire. Mais il a les yeux bleus et vifs sous le front chauve, la bouche sensuelle aux coins malicieux; le visage exprime la douceur et la bonhomie.

D^une morale indulgente, dune vertu trop facile et trop aimable, à la fois affectueux et moqueur, positif et désintéressé, gausseur et tendre, rustique, mais non sans finesse, libéral, volontiers frondeur et cocardier, il a Pâme du bourgeois de Louis Philippe et quelque chose du gavroche parisien. Toute une génération et toute une classe semblent se refléter en lui, comme elles s'expriment dans ses œuvres aux rythmes aisés et

(1) Henry Boucher. Pcrrin éditeur, p. 437. b

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vivants et que traversent en même temps que révocation de la redingote grise, un souffle de libéralisme et df humaine pitié.

Béranger était parisien. " Si Pon choisissait son berceau, écrivait-il dans sa préface, /aurais chosi Paris qui n'a pas attendu notre grande révolution pour être la ville de la liberté et de P égalité. . . ." Cest la, en e£et qu'il naquit le 19 Joùt 1780, chez, son bon vieux grand père Champy, tailleur rue Montorgueil.

Sa prime enfance ne parait pas avoir été des plus heureuses. Son père qui essaya de tous les métiers, clerc de notaire, teneur de livres chez, un épicier, intendant chez le Comte de Bourmont, banquier, homme d'' affaires et propriétaire d'un cabinet de lecture, tantôt a Paris, en Anjou et en Bretagne, mais toujours également facile insouciant et léger, s'occupe peu de lui et sa mère encore moins. Laissé pendant trois ans, près X Auxerre aux soins d^une nourrice qui, ayant perdu son lait de bonne heure P éleva a la mode de Bourgogne ivec du pain trempé dans du vin en guise de bouillie, il fut rendu au bout de ce temps a ses grands parents.

Choyé et " gâté" sujet a de violentes migraines, il passa avec eux une dizaine tf années, fréquentant le moins qu'il pouvait la maison d'école située Impasse de la Bouteille, et préférant rester sans bruit dans un coin à faire des découpures et des dessins.

A 9 ans il fut mis en pension au Faubourg Saint Antoine. Il y reste juste assez pour contempler les mouvements populaires et voir prendre la Bastille " du

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iaut des toits de la maison.^'' Puis, le grand père Ckampy pris de paralysie, r enfant partit pour Péronne ou son père P envoya chez, une tante, brave femme, enthousiaste, patriote et religieuse qui tenait r auberge de '■WEpée Royale."

Veuve et sans enfants, cette tante Q) lui donna toute r éducation quelle pouvait, le laissant feuilleter a loisir les exemplaires dépareillés de Voltaire, de Racine et de Fénelon qu^elle conservait dans son grenier. Enfin, se sentant vieillir et désirant que le jenne homme ait de quoi gagner sa vie elle le mit en apprentissage chez, un imprimeur de la ville, M. Laisney.

Béranger n'avait pas \z ans. Ccst là qu'il fut pris, pour la première fois du génie de la poésie " traçant des lignes rimées tant bien que mal, mais de la même longueur, grâce a deux raies de crayon tirées du haut en bas du papier." (2) La méthode était au moins originale. En lisant la Fontaine, il s^ aperçut cependant qtHelle n'était pas infaillible et il n'eut de cesse que son patron qui rimait agréablement ne lui eut appris Part des vers.

A seize ans il vint a Paris pour servir de commis a son père qui s'occupait cP opérations de bourse. Mais au bout de quelques années la maison de banque dut fermes ses portes et Béranger pour se consoler de sa misère, se consacra tout entier a la Poésie, qui a cette époque ne nourrissait pas son homme. Il plaçait péniblement sa copie

(1) Madame Bouvet, née Marie Victorine de Béranger, gui fut une véritable mère pour le poète, Morte en 1839, (-) Ma Biographie.

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dam des publications éphémères quand, décidé a tout prix de sortir de la misère, il eut Vidée d'envoyer a Lucien Bonaparte deux poèmes dithyrambiques, le rétablissement du culte et le Déluge. Ce que valaient ces essais, on ne saurait trop le dire. Mais il faut croire qiiils ne déplurent pas au frère du Premier Consul, puisque il manda le jeune poète, lui prodigua des encouragements, et ce qui était plus utile lui permit de toucher a sa place son traitement de membre de Plnstitute '■'■dont trois années lui furent payées d'abord.

C^ était presque la fortune. Les années qui suivirent apportèrent encore quelques améliorations à son existence. A rage de 1^ ans, en effet il entra dans les bureaux du peintre Landon. C'était un emploi assez modeste, mais qui avait du moins V avantage de lui laiser des loisirs nombreux. Quand Béranger dut quitter sa place en 1807, P amitié de Guenescourt lui vint en aide et lui permit en toute liberté d'esprit de terminer quelques travaux littéraires.

Il eut alors l'idée d'un poème sur Clovis, composa des pastorales et des comédies satiriques. Mais il fit surtout des voyages a Péronne oii il allait visiter sa tante et ses anciens amis. Et il n'eut pas à se repentir de ses fréquents séjours à Peronne, car c'est là, qu'à son insu il se perfectionna dans Part qui allait le rendre bientôt célèbre.

Sous le nom de " Couvent des Sans Souci " il s'y tenait des réunions dont Béranger était Pâme et qu'il égayait de ses refrains. Dans ce milieu, ou régnait une franche amitié, d'où toute contrainte était bannie, le chansonnier se sentait à Paise et sa verve s'y donnait

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Hère carrière. On peut supposer aisément qu^il y célébra le vin et les filles et qu^il ne s'y priva pas de bons mots. Il eut même une affaire avee ces bons Picards qii il blessa par ses folies et ses pointes, mais il se fit vite pardonner. Et il put revenir chanter dans la ville, se laissant aller au hasard de son inspiration, écrivant même des élégies et des odes.

Il en fit assez, pour en brûler plus tard un petit volume, ce qui lui fournit un jour P occasion d'écrire en faisant allusion a cet événement '■'■on a dit que rien ri' éclaire comme la flamme des manuscrits qu^on a le courage de livrer au feu : je devrais y voir bien clair.

" Cependant la renommée du chansonnier commençait a grandir. Non pas que V emploi qiCil avait obtenu dans l'intervalle à F Université Impériale, sur la recommandation d' A rnault, en fit un personnage officiel.i}) Il lui permettait juste de vivre. Mais, son père mieux inspiré pour son fils que pour lui-même commit une indiscrétion. (-) Quelques chansons composées pour des amis furent imprimées et parurent dans des recueils qui encombraient " la librairie des étiennes. Puis d autres circulèrent manuscrites et parmi celles la le roi d'Tvetot.

On était alors r« 1 8 i 3. La chanson qui était alerte et pouvait passer a bon droit pour une critique de la politique Impériale, fit du bruit. On s'amusa de ce bon roi Rabelaisien.

qui "sur un âne pas à pas parcourait son Roijaume^^

(1) 1809. (2) Ma Biographie.

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