JANVIER
Berger, tu dis que notre étoile Règle nos jours et brille aux cieux.
— Oui, mon enfant ! mais dans son voile La nuit la dérobe à nos yeux.
— Berger, sur cet azur tranquille De lire on te croit le secret :
Quelle est cette étoile qui file, Qui file, file, et disparaît ?
— Mon enflmt, un mortel expire ; Son étoile tombe à l'instant.
Entre amis que la joie inspire, Celui-ci buvait en chantant.
Heureux, il s'endort immobile Après du vin qu'il célébrait . . .
— Encore une étoile qui file, Qui file, file, et disparaît.
— Mon enfant, qu'elle est pure et belle ! C'est celle d'un objet charmant.
Fille heureuse, amante fidèle.
On l'accorde au plus tendre amant.
CHJNSONS DE BERANGER
Des fleurs ceignent son front nubile, Et de l'hymen l'autel est prêt . . .
— Encore une étoile qui file, Qui file, file, et disparaît.
— Mon fils, c'est l'étoile rapide D'un très grand seigneur nouveau-né.
Le berceau qu'il a laissé vide.
D'or et de pourpre était orné.
Des poisons qu'un flatteur distille, C'était à qui le nourrirait . . .
— Encore une étoile qui file.
Qui file, file, et disparaît.
— Mon enfant, quel éclair sinistre !
C'était l'astre d'un favori
Qui se croyait un grand ministre Quand de nos maux il avait ri.
Ceux qui servaient ce dieu fragile Ont déjà caché son portrait . . .
— Encore une étoile qui file, Qui file, file, et disparaît.
— Mon fils, quels pleurs seront les nôtres !
D'un riche nous perdons l'appui.
L'indigence glane chez d'autres.
Mais elle moissonnait chez lui.
Ce soir même, sûr d'un asile,
A son toit le pauvre accourait . . .
— Encore une étoile qui file.
Qui file, file, et disparaît.
i6 CHJNSONS DE BERJNGER
— C'est celle d'un puissant monarque Va, mon fils, garde ta candeur ; Et que ton étoile ne marque Par l'éclat ni par la grandeur.
Si tu brillais sans être utile, A ton dernier jour on dirait :
Ce n'est qu'une étoile qui file.
Qui file, file, et disparaît.