‹ Chansons; morceaux choisis. Préf. de comte Serge FleuryChapitre 11 sur 70 · LE CHAPELET DU BONHOMME · texte numérisé non relu

LE CHAPELET DU BONHOMME

Sur le chapelet de tes peines, Bonhomme, point de larmes vaines.

— N'ai-je point sujet de pleurer ?

Las ! mon ami vient d'expirer.

— Tu vois là-bas une chaumine :

Cours vite en chasser la famine ;

Et perds en route, grain à grain, ) „. Le noir chapelet du chagrin. J

Bientôt après, plainte nouvelle.

— Bonhomme, où ta blessure est-elle ?

— Las ! il me faut encor pleurer :

Mon vieux père vient d'expirer.

— Cours, dans ce bois on tente un crime Arrache aux brigands leur victime ;

Et perds en route, grain à grain, Le noir chapelet du chagrin.

Bientôt après, peine plus grande.

— Bonhomme, les maux vont par bande.

— Las ! j'ai bien sujet de pleurer :

Ma compagne vient d'expirer

CHJNSONS DE BERJNGER

— Vois-tu le feu prendre au village ?

Cours l'éteindre par ton courage ; Et perds en route, grain à grain,

Le noir chapelet du chagrin.

Bientôt après, douleur extrême.

— Bonhomme on rejoint ce qu'on aime.

— Laissez-moi, laissez-moi pleurer :

Las ! ma fille vient d'expirer.

— Cours au fleuve : un enfant s'y noie. D'une mère sauve la joie ;

Et perds en route, grain à grain, Le noir chapelet du chagrin.

Plus tard enfin, douleur inerte.

— Bonhomme, est-ce quelque autre perte

— Je suis vieux et n'ai qu'à pleurer : Las ! je sens ma force expirer.

— \^a réchauffer une mésange

Qui meurt de froid devant ta grange ; Et perds en route, grain à grain.

Le noir chapelet du chagrin.

Le bonhomme enfin de sourire.

Et son oracle de lui dire :

— Heureux qui m'a pour conducteur !

Je suis l'ange consolateur.

C'est la Charité qu'on me nomme.

Va donc prêcher ma loi, bonhomme.

Pour qu'il ne reste plus un grain Au noir chapelet du chagrin.

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