‹ Chansons; morceaux choisis. Préf. de comte Serge FleuryChapitre 26 sur 70 · LE JUIF ERRANT · texte numérisé non relu

LE JUIF ERRANT

Chrétien, au voyageur souffrant

Tends un verre d'eau sur ta porte :

Je suis, je suis le Juif errant,

Qu'un tourbillon toujours emporte. (Bis.)

Sans vieillir, accablé de jours,

La fin du monde est mon seul rêve.

Chaque soir j'espère toujours ;

Mais toujours le soleil se lève.

Toujours, toujours, {Bis.) ) „.

Tourne la terre oii moi je cours, J Toujours, toujours, toujours, toujours.

Depuis dix-huit siècles, hélas !

Sur la cendre grecque et romaine.

Sur les débris de mille États, L'affreux tourbillon me promène.

J'ai vu sans fruit germer le bien.

Vu des calamités fécondes ; Et pour survivre au monde ancien.

Des flots j'ai vu sortir deux mondes.

Toujours, toujours, Tourne la terre où moi je cours, Toujours, toujours, toujours, toujours.

Dieu m'a changé pour me punir :

A tout ce qui meurt je m'attache.

Mais du toit prêt à me bénir Le tourbillon soudain m'arrache.

Plus d'un pauvre vient implorer Le denier que je puis répandre, Qui n'a pas le temps de serrer La main qu'en passant j'aime à tendre.

Toujours, toujours, Tourne la terre où moi je cours.

Toujours, toujours, toujours, toujours.

Seul, au pied d'arbustes en fleurs.

Sur le gazon, au bord de l'onde, Si je repose mes douleurs.

J'entends le tourbillon qui gronde.

Eh 1 qu'importe au ciel irrité Cet instant passé sous l'ombrage ?

Faut-il moins que l'éternité Pour délasser d'un tel voyage ?

Toujours, toujours.

Tourne la terre où moi je cours.

Toujours, toujours, toujours, toujours.

Que des enfants vifs et joyeux Des miens me retracent l'image ; Si j'en veux repaître mes yeux.

Le tourbillon souffle avec rage.

Vieillards, osez-vous à tout prix M'envier ma longue carrière ?

DE BERJNGER 57

Ces enfants à qui je souris.

Mon pied balaîra leur poussière.

Toujours, toujours.

Tourne la terre où moi je cours, Toujours, toujours, toujours toujours.

Des murs où je suis né jadis Retrouvé-je encor quelque trace, Pour m'arrêter je me raidis ; Mais le tourbillon me dit : " Passe ! Passe ! " Et la voix me crie aussi : " Reste debout quand tout succombe.

Tes aïeux ne t'ont point ici Gardé de place dans leur tombe."

Toujours, toujours.

Tourne la terre où moi je cours, Toujours, toujours, toujours, toujours.

J'outrageai d'un rire inhumain L'Homme-Dieu respirant à peine . . .

Mais sous mes pieds fuit le chemin ; Adieu, le tourbillon m'entraîne.

Vous qui manquez de charité.

Tremblez à mon supplice étrange :

Ce n'est point sa divinité.

C'est l'humanité que Dieu venge.

Toujours, toujours, Tourne la terre où moi je cours.

Toujours, toujours, toujours, toujours.

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