‹ Chansons; morceaux choisis. Préf. de comte Serge FleuryChapitre 34 sur 70 · LES ORANGS-OUTANGS · texte numérisé non relu

LES ORANGS-OUTANGS

Jadis, si l'on en croit Ésope, Les orangs-outangs de l'Europe Parlaient si bien, que d'eux, hélas !

Nous sont venus les avocats.

Un des leurs, à son auditoire Dit un jour : " Consultez l'histoire ; Messieurs, l'homme fut en tout temps Le singe des orangs-outangs.

" Oui, d'abord, vivant de nos miettes, Il prit de nous l'art des cueillettes ; Puis, d'après nous, le genre humain Marcha droit, la canne à la main.

Même avec le ciel, qui l'effraie.

Il use de notre monnaie.

Messieurs, l'homme fut en tout temps Le singe des orangs-outangs.

" Il prend nos amours pour modèles ; Mais nos guenons nous sont fidèles.

Sans doute il n'a bien imité Que notre cynisme effronté.

CHJNSONS DE BERJNGER S

C'est chez nous qu'à vivre sans gêne S'instruisit le grand Diogène.

Messieurs, l'homme fut en tout temps Le singe des orangs-outangs.

' L'homme a vu chez nous une armée D'un centre et d'ailes bien formée, Ayant, sous les chefs les meilleurs, Garde, avant-garde et tirailleurs.

Ils n'avaient pas mis Troie en cendre.

Que nous comptions vingt Alexandre.

Messieurs, l'homme fut en tout temps Le singe des orangs-outangs.

' Avec bâton, épée ou lance, Tuer est l'art par excellence, Nous l'enseignons. Or, dites-moi.

Pourquoi l'homme est-il notre roi ?

Grands dieux ! c'est fait pour rendre impie Votre image est notre copie. Oui, dieux, l'homme fut en tout temps Le singe des orangs-outangs."

Quoi ! dit Jupin, à mes oreilles, Toujours singes, castors, abeilles, Crîront : C'est un ours mal léché.

Votre homme ! où l'avez-vous péché Tout sot qu'il est, il me cajole.

Otons aux bêtes la parole ; Car l'homme encor sera longtemps Le singe des orangs-outangs

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