LES ORANGS-OUTANGS
Jadis, si l'on en croit Ésope, Les orangs-outangs de l'Europe Parlaient si bien, que d'eux, hélas !
Nous sont venus les avocats.
Un des leurs, à son auditoire Dit un jour : " Consultez l'histoire ; Messieurs, l'homme fut en tout temps Le singe des orangs-outangs.
" Oui, d'abord, vivant de nos miettes, Il prit de nous l'art des cueillettes ; Puis, d'après nous, le genre humain Marcha droit, la canne à la main.
Même avec le ciel, qui l'effraie.
Il use de notre monnaie.
Messieurs, l'homme fut en tout temps Le singe des orangs-outangs.
" Il prend nos amours pour modèles ; Mais nos guenons nous sont fidèles.
Sans doute il n'a bien imité Que notre cynisme effronté.
CHJNSONS DE BERJNGER S
C'est chez nous qu'à vivre sans gêne S'instruisit le grand Diogène.
Messieurs, l'homme fut en tout temps Le singe des orangs-outangs.
' L'homme a vu chez nous une armée D'un centre et d'ailes bien formée, Ayant, sous les chefs les meilleurs, Garde, avant-garde et tirailleurs.
Ils n'avaient pas mis Troie en cendre.
Que nous comptions vingt Alexandre.
Messieurs, l'homme fut en tout temps Le singe des orangs-outangs.
' Avec bâton, épée ou lance, Tuer est l'art par excellence, Nous l'enseignons. Or, dites-moi.
Pourquoi l'homme est-il notre roi ?
Grands dieux ! c'est fait pour rendre impie Votre image est notre copie. Oui, dieux, l'homme fut en tout temps Le singe des orangs-outangs."
Quoi ! dit Jupin, à mes oreilles, Toujours singes, castors, abeilles, Crîront : C'est un ours mal léché.
Votre homme ! où l'avez-vous péché Tout sot qu'il est, il me cajole.
Otons aux bêtes la parole ; Car l'homme encor sera longtemps Le singe des orangs-outangs