MENT MUSICAL APRES LA DERNIERE SÉANCE
DE l'orphéon DE 184I
Mon vieil ami, ta gloire est grande :
Grâce à tes merveilleux efforts, Des travailleurs la voix s'amende Et se plie aux savants accords.
D'une fée as-tu la baguette, Pour rendre ainsi l'art familier Il purifîra la guinguette ; Il sanctifîra l'atelier.
Wilhem, toi de qui la jeunesse Rêva Grétry, Gluck et Mozart, Courage ! à la foule en détresse Ouvre tous les trésors de l'art.
Communiquer à des sens vides Les plus nobles émotions.
C'est faire en des grabats humides Du soleil entrer les rayons.
La musique, source féconde, Épandant ses flots jusqu'en bas, Nous verrons ivres de son onde Artisans, laboureurs, soldats.
Ce concert, puisses-tu l'étendre A tout un monde divisé !
Les cœurs sont bien près de s'entendre Quand les voix ont fraternisé.
Notre littérature est folle :
Fais-la rougir par tes travaux.
De meurtres elle tient école
Et pousse à des Werther nouveaux.
On l'entend, d'excès assouvie.
En vers, en prose, s'essouffler
A décourager de la vie
Ceux qu'elle en devrait consoler.
Des classes qu'à peine on éclaire Relevant les mœurs et les goûts.
Par toi, devenu populaire.
L'art va leur faire un ciel plus doux. Les notes, sylphides puissantes.
Rendront moins lourds soc et marteau, Et feront des mains menaçantes Tomber l'homicide couteau.
Quand tu pouvais sur notre scène Tenter un plus brillant laurier.
Tu choisis d'alléger la chaîne Du pauvre enfant de l'ouvrier.
DE BERJNGER 79
A tes leçons, large semence, La foule accourt et tu les vois, Captivant jusqu'à la démence,^ Vers le ciel diriger sa voix.
D'une œuvre et si longue et si rude
Auras-tu le prix mérité ?
Va, ne crains pas l'ingratitude.
Et ris-toi de la pauvreté.
Sur ta tombe tu peux m'en croire.
Ceux dont tu charmes les douleurs
Offriront un jour à ta gloire
Des chants, des larmes et des fleurs.^
1 Les docteurs Trélat et Leuret ont fait l'emploi le plus heureux, à la Salpêtrière et à Bicêtre, de la méthode Wilhem. Les pauvres aliénés des deux sexes en ont retiré une distraction puissante, et ont pu chanter à l'église des morceaux de musique qui offraient d'assez grandes difficultés d'exécution.
2 Peu de mois après avoir adressé ces couplets à son vieil ami, l'auteur avait la douleur de voir s'accomplir la prédiction qui les termine. Wilhem mourut à soixante ans, pauvre, à bout de forces, mais rêvant toujours à l'extension de sa méthode, fruit de vingt-deux ans de travaux ; les autorités municipales et départementales, les maîtres qu'il avait formés, et la foule de ses élèves de tout âge, accompagnaient sa dépouille au cimetière, où lui furent rendus les honneurs qu'il avait le plus enviés.