‹ Chansons; morceaux choisis. Préf. de comte Serge FleuryChapitre 5 sur 70 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

Allez, enfants nés sous un autre règne ; Sous celui-ci quittez le coin du feu.

Adieu ! partez, bien que pour vous je craigne Certaines gens qui pardonnent trop peu.

On m'a crié : L'occasion est bonne ; Tous les partis rapprochent leurs drapeaux. Allez, enfants ; mais n'éveillez personne : Mon médecin m'ordonne le repos.

Pour vos aînés que de pas et d'alarmes ! J'ai vu Thémis m'ôter mon plus doux bien : Car en prison le sommeil est sans charmes : Près du malheur on ne dort jamais bien. J'entends encor le verrou qui résonne Et dans ma main fait trembler mes pipeaux. Allez, enfants ; mais n'éveillez personne : Mon médecin m'ordonne le repos.

Si l'on disait : La gaîté vous délaisse. Vous répondrez (et pour moi j'en rougis) : " De notre père accusant la faiblesse.

Les plus joyeux sont restés au logis."

1 Cette chanson est en tête du volume publié en 1825.

4 CHANSONS DE BÉRJNGER

Ces égrillards iraient, d'humeur bouffonne, Pincer au lit le diable et ses suppôts. Allez, enfants ; mais n'éveillez personne : Mon médecin m'ordonne le repos.

Vous passerez près d'une ruche pleine, D'abeilles, non ; mais de guêpes, je crois. Ne soufflez mot, retenez votre haleine ; Tremblez, enfants, vous qui jurez parfois! ^ Le dard caché qu'à ces guêpes Dieu donne A fait périr des bergers, des troupeaux. Allez, enfants ; mais n'éveillez personne : Mon médecin m'ordonne le repos.

Petits Poucets de la littérature.

S'il vient un ogre, évitez bien sa dent ;

Ou, s'il s'endort, dérobez sa chaussure ;

De s'en servir on peut juger prudent.

Non : qu'ai-je dit ? Ah ! la peur déraisonne ;

Tous les partis rapprochent leurs drapeaux.

Allez, enfmts ; mais n'éveillez personne :

Mon médecin m'ordonne le repos.

1 Dans plus d'un village, on croit encore que les abeilles se jettent sur ceux qui profèrent des jurons auprès de leur ruche.

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