‹ Chansons; morceaux choisis. Préf. de comte Serge FleuryChapitre 58 sur 70 · LE VIEUX DRAPEAU · texte numérisé non relu

LE VIEUX DRAPEAU

De mes vieux compagnons de gloire Je viens de me voir entouré ; Nos souvenirs m'ont enivré, Le vin m'a rendu la mémoire.

Fier de mes exploits et des leurs.

J'ai mon drapeau dans ma chaumière.

Quand secoûrai-je la poussière Qui ternit ses nobles couleurs ?

Il est caché sous l'humble paille Où je dors pauvre et mutilé.

Lui qui, sûr de vaincre, a volé Vingt ans de bataille en bataille !

Chargé de lauriers et de fleurs, Il brilla sur l'Europe entière.

Quand secoûrai-je la poussière Qui ternit ses nobles couleurs ?

Ce drapeau payait à la France Tout le sang qu'il nous a coûté.

152 CHJNSONS CHOISIES

Sur le sein de la Liberté Nos fils jouaient avec sa lance.

Qu'il prouve encore aux oppresseurs Combien la gloire est roturière.

Quand secoûrai-je la poussière Qui ternit ses nobles couleurs ?

Son aigle est resté dans la poudre, Fatigué de lointains exploits.

Rendons-lui le coq des Gaulois ; Il sut aussi lancer la foudre.

La France, oubliant ses douleurs, Le rebénira, libre et fière.

Quand secoûrai-je la poussière Qui ternit ses nobles couleurs ?

Las d'errer avec la Victoire, Des lois il deviendra l'appui.

Chaque soldat fut, grâce à lui, Citoyen aux bords de la Loire. Seul il peut voiler nos malheurs ; Déployons-le sur la frontière.

Quand secoûrai-je la poussière Qui ternit ses nobles couleurs ?

Mais il est là près de mes armes ; Un instant osons l'entrevoir.

Viens, mon drapeau ! viens, mon espoi C'est à toi d'essuyer mes larmes.

DE BERJNGER 153

D'un guerrier qui verse des pleurs Le Ciel entendra la prière :

Oui, je secoûrai la poussière Qui ternit tes nobles couleurs.

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