ADIEU, CHANSONS
Pour rajeunir les fleurs de mon trophée, Naguère encor, tendre, docte ou railleur. J'allais chanter, quand m'apparut la fée Qui me berça chez le bon vieux tailleur. " L'hiver, dit-elle, a soufflé sur ta tête : Cherche un abri pour tes soirs longs et froids. Vingt ans de lutte ont épuisé ta voix. Qui n'a chanté qu'au bruit de la tempête." Adieu, chansons ! mon front chauve est ridé. L'oiseau se tait ; l'aquilon a grondé.
" Ces jours sont loin, poursuit-elle, où ton âme
Comme un clavier modulait tous les airs ;
Où la gaîté, vive et rapide flamme.
Au ciel obscur prodiguait ses éclairs.
Plus rétréci, l'horizon devient sombre ;
Des gais amis le long rire a cessé.
Combien là-bas déjà t'ont devancé !
Lisette même, hélas ! n'est plus qu'une ombre."
Adieu, chansons ! mon front chauve est ridé.
L'oiseau se tait ; l'aquilon a grondé.