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CHJNSONS DE BERANGER 155
" Bénis ton sort. Par toi la poésie
A d'un grand peuple ému les derniers rangs.
Le chant qui vole à l'oreille saisie
Souffla tes vers même aux plus ignorants.
Vos orateurs parlent à qui sait lire ;
Toi, conspirant tout haut contre les rois,
Tu marias, pour ameuter les voix,
Des airs de vielle aux accents de la lyre."
Adieu, chansons, mon front chauve est ridé.
L'oiseau se tait ; l'aquilon a grondé.
*' Tes traits aigus lancés au trône même, En retombant aussitôt ramassés, De près, de loin, par le peuple qui t'aime, Volaient en chœur jusqu'au but relancés. Puis, quand ce trône ose brandir son foudre, De vieux fusils l'abattent en trois jours. Pour tous les coups tirés dans son velours. Combien ta Muse a fabriqué de poudre ! " Adieu, chansons ! mon front chauve est ridé. L'oiseau se tait ; l'aquilon a grondé.
** Ta part est belle à ces grandes journées, Où du butin tu détournas les yeux.
Leur souvenir, couronnant tes années, Te suffira si tu sais être vieux.
Aux jeunes gens racontes-en l'histoire ; Guide leur nef ; instruit-les de l'écueil ; Et de la France un jour font-ils l'orgueil, Va réchauffer ta vieillesse à leur gloire."
156 CHANSONS DE BERJNGER
Adieu, chansons ! mon front chauve est ridé. L'oiseau se tait ; l'aquilon a grondé.
Ma bonne fée, au seuil du pauvre barde, Oui, vous sonnez la retraite à propos.
Pour compagnon, bientôt, dans ma mansarde. J'aurai l'oubli, père et iîls du repos. Mais à ma mort, témoins de notre lutte. De vieux Français se diront, l'œil mouillé : Au ciel, un soir, cette étoile a brillé ; Dieu l'éteignit longtemps avant sa chute. Adieu, chansons ! mon front chauve est ridé. L'oiseau se tait ; l'aquilon a grondé.