LK COUSIN CHARLES
Tii viens tlii pays, cousin Charle :
Quelles nouvelles? Parle, parle.
— J'ai vu ta mère , elle m'a dit :
Il Embrasse bien notre petil.
Pour lui j'ai brûle pins d'un cierge.
Les soldats n'ont pas assez peur.
Dis-lui qu'il mette snr son cœur Cette médaille de la Vierge, »
— Merci, cousin Charles, merci.
Va, mon mélier n'est pas le pire; Le soldat n'a pas un souci.
A ceux qui m'aiment tu peux dire Que je les aime aussi.
Cousin Charle , as-tu vu mon père ?
Toujours bon ouvrier, j'espère?
— Il m'a dit : « Mon petit Chariot, Puisque tu dois le voir bientôt, J'ai quelque chose à te remettre :
Ecrire n'est pas mon état;
Mais je l'ai fait pour le soldat :
Tu lui porteras cette lettre. »
CHANSOMS NOUVELLES. 83
— Merci, cousin Charles, merci.
Va, mon métier n'est pas le pire; Le soldat n'a pas un souci.
A ceux qui m'aiment tu peux dire Que je les aime aussi.
As-tn vu ma sœur Marguerite?
Je la quittai toute petite.
— Elle entre dans ses dix-huit ans ; Elle est belle comme un printemp,'^... Lorsque j'allais franchir la porte, Sans que personne pût la voir ,
Elle a serré dans mon mouchoir Ce louis d'or que je t'apporte.
- — Merci, cousin Charles, merci.
Va, mon métier n'est pas le pire; Le soldat n'a pas un souci.
A ceux qui m'aiment tu peux dire Que je les aime aussi.
Est-ce tout, petit cousin Charle?
Personne d'autre?... Parle, parle.
— J'ai vu cousines et cousins.
Les camarades , les voisins ,
Tous iTs m'ont dit, comme on suppose : <( S'il ne nous a pas oubliés , Eaites-lui bien nos amitiés. »
Mais je ne vois pas autre chose.
84 GUSTAVE \ADALD.
— Merci, consin Charles, merci.
Va, mon métier n'est pas le piie ; Le soldat n'a pas un souci.
A cenx qui m'aiment tu peux dire Que je les aime aussi.
Adieu , cousin , et bon voyage !
\c quitte jamais le village.
— 0" 'is-ti», mon ami? Tu riais, Et tu pleures!... .\h\ j'oubliais Cette bague que j'avais mise
A mon doigt, pour fe la donner.
C'est... tu ne pourrais deviner.
Tu sais bien, la petite Elise...
— Merci, cousin Charles, merci! Va, mon métier n'est pas le pire; Le soldat n'a pas un souci.
A ceux qui m'aiment lu peux dire Que je les aime aussi.
CHAXSOXS \OLVELLES.
RONDE DES CREVES.
Vous qui jetez la pierre l'ar-dessus notre mur , Ayez l'âme moins fîère , Messieurs de l'âge mûr.
Que voulez-vous? les causes Produisent les effets :
Les rosiers font les roses , Et vous nous avez faits.
Il faut que l'on connaisse D'où chacun est sorti :
Xous sommes la jeunesse D'un siècle perverti.
Que voulez-vous? etc.
Quand les fruits ou les hommes Se gâtent par milliers , On n'en veut point aux pommes, Ou en veut aux pommiers.
Que voulez-vous? etc.
86 GUSTAVE \ADALD.
Nous sommes ridicules, Malingres et petits :
Ktaient-ils des Hercules, Ceux qui nous ont bâtis?
Que voulez-vous? etc.
Vous raillez nos costumes Et vous les trouvez laids , Vous qui dans ses coutumes Avez singé l'Anglais !
Que voulez-vous? etc.
Vous riez de nos gestes Et de notre maintien; \ous avons eu vos restes :
Il ne vous restait rien.
Que voulez-vous? etc.
Nous sommes avant l'âge Caducs et dévastés :
Admirez votre ouvrage Dans nos inflrmilés.
Que voulez-vous? etc.
Vos farces de théâtre Xous ont donné le toU ;
CHA\"SO\S \0T VELLES.
Si vous étiez de plâtre, Xous sommes de carton.
Que voulez-vous? etc.
Vous avez été drôles ; Vieillis , vous maugréez De voir jouer les rôles Que vous avez créés.
Que voulez-vous? etc.
Ayant peu de principes , Vous nous avez dressés A culotter des pipes , Et nous fumons assez.
Que voulez-vous? etc.
Votre gloire est complète :
N'avez-vous pas écrit Que plus on éîait bête Plus on avait d'esprit?
Que voulez- vous? etc.
Votre race est flétrie Pour avoir plaisanté L'amour de la patrie Et de la liberté.
Que voulez-vous? etc.
S8 GI'SVAVE \.\n.\l D.
Arrière, camarades!
\ns temps sont arrives :
Vous étii>z les malades, Nous sommes les crevés.
Que voulez-vous? les causes Produisent les effets :
Les rosiers font les roses , Et vous nous avez faits.
CHAXSONS NOUVELLES. 89