‹ Chansons nouvellesChapitre 25 sur 58 · LE ROI DE LA FEVE · texte numérisé non relu

LE ROI DE LA FEVE

Je suis roi de par la fève ,

Et mon rêve Doit durer un soir entier.

Puisqu'il faut qu'on se résigne,

Soyons digne De notre nouveau métier.

Je ferai de mes richesses

Des largesses :

Mes amis , empressez-vous , Je veux honorer bien vite

Le mérite ; Vous devez en avoir tous.

Mais quoi! l'on m'appelle Sire.

Qu'est-ce k dire? Je n'en suis pas irrité?

Ma Majesté paternelle

Serait-elle Sensible à la vanité?

C'est d'une insigne faiblesse; Mais je laisse

Mes scriipulos somnicillcr.

La flatfeiio osl pins douce

Que la mousse , Et j'en fais mon oreiller.

La vérité cliaste et probe

Se dérobe Sons des voiles complaisants :

Je ne puis phis la connaître ,

Moi le maître , Oiiii travers mes courtisans.

Qu'ils me semblent méprisables,

Mes semblables!

La v«rtu n'existe pas.

A mesure que je règne ,

Je dédaigne Le troupeau qui suit mes pas.

Et parfois mon cœur fidèle

Me rappelle Ceux à qui j'ai tout promis.

Où sont-ils? Quoi! ma présence

Les offense?

Les rois n'ont jamais d'amis.

Leur affection est morte...

Que m'importe !

Des conseils, je n'en veux plus; Je v;ux des bouches nuiettes,

CHAXSOXS XOrVELLES. 81

Des mains prèles, Des dévouemenls absolus.

0 mes projets de justice ,

Un caprice Vous emporte tour à tour.

Toute crédulité sainte

S'est éteinte :

Je ne connais plus l'amour.

Désormais je ne veux croire

Qu'à ma «gloire; Qu'on la proclame en tous lieux !

Dans mon culte de moi-même.

Je blasphème Et je suis jaloux des dieux...

Mais qu'entends-je? Minuit sonne :

Ma couronne Sur mon front vole en éclats. • Ah! j'ai fait un mauvais rêve!

Qu'il s'achève, Mes amis , entre vos bras !

82 GUSTAVE XADAID.

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