‹ Chansons nouvellesChapitre 51 sur 58 · LA GRANDE BLESSÉE · texte numérisé non relu

LA GRANDE BLESSÉE

Un soir d'hiver, à l'ambulance, On apporte un soldat blessé.

Rien ne trahit sa défaillance :

Il a le bras droit fracassé.

C'est un vaillant, un volontaire; Des premiers il était debout.

Pour défendre son bien, sa terre, Pour venger son honneur surtout.

On examine la blessure , Et les médecins rassurés Disent : « La guérison est sûre ; Laissez-vous faire, et respirez.

— Oh ! je vous comprends à merveille , Répond-il, on dort, n'est-ce pas?

On dort, et, quand on se réveille, On lit, mais on n'a plus qu'un bras.

» Perdre la main qui tient l'épée Ou qui soulève le fardeau,

Qui conduit la plume trenipéc Ou qui dirige le pinceau ,

» Jamais! je défends qu'on y touche!

Je sais souffrir, c'est mon métier; C'est le dernier mot de ma bouche :

Je veux mourir ou vivre entier! n

Va , nous comprenons fa pensée ; Comme toi nous saurons souffrir!

La France est la «{rande blessée Qui veut vivre entière ou mourir.

CHANSOXS NOUVELLES. 187

Page 1