LA BOUCHE ET L'OREILLE
La bouche disait à l'oreille :
u Tout vous caresse et vous sourit.
Vous êtes l'aurore vermeille. :- Et l'oreille s'ouvrit.
La bouche disait à l'oreille ; K Et patati et patata, Vous n'avez pas votre pareille. »
Et l'oreille écouta.
La bouche disait à l'oreille :
u Tout l'univers vous applaudit Comme la huitième merveille. »
Et l'oreille enteodit.
La bouche disait à l'oreille :
« Pour vous le charme de l'esprit Et le miel choisi de l'abeille. « El l'oreille comprit.
La bouche disait à l'oreille :
Il J'ai guidé Socrate et \'uma :
Voulez-vous que je vous conseille? r.
L'oreille se ferma.
LE Fil, KT L.MCAULLE
Un jour, dans sa panvie mansarde ,
Bcrtlie songeait Sans doute à quelque vain projet.
Bertlie a vingt ans, prenez-y garde..
Beaucoup songer,
C'est grand danger.
Il semblait à la jeune fille ,
Tout en cousant, Que deux voix, tour à tour causant Sortaient du fil et de l'aiguilie.
Beaucoup songer,
C'est grand danger.
L'aiguille parlait la première :
« Je vais courant.
Je suis le soldat conquérant , Qui sans trêve étend sa frontière...
Beaucoup songer.
C'est grand danger.
CHANSONS ÎVOUl'ELLES. 189
« Moi, je suis le colon modeste ,
Répond le fil ; Nous sommes le fleuve du Xil :
Le torrent fuit, le limon reste. '>
Beaucoup songer,
C'est grand danger.
ï Moi, je ne connais que l'épée.
Je vous conduis Vers la terre aux riches produits , Oui doit par i^ous être occupée. '■
Beaucoup songer,
C'est grand danger.
( Où vous brillez , moi je me cache ;
Je suis vos lois; ' Mais, semblable au lierre des bois, Je vis et meurs où je m'attache. >>
Beaucoup songer,
C'est grand danger.
Mais le dialogue mystique
Avait cessé.
Berthe songe à son fiancé , Soldat sur la terre d'Afrique.
Beaucoup songer,
C'est grand danger.
190 GUSTAVE \ADAUD