LE CHATEAU DU FOU
Sur le sommet de la colline, S'élève un château tout récent, Qui déjà semble en ruine ; Il fixe les yeux du passant.
Sous le jeune lierre qui pousse, On voit se rider les grands mnrs , Comme ces fruits rongés de mousse Qui tombent avant d'être mûrs.
Je gravis à travers la lande :
Un homme était sur le coteau ; Je l'aborde, et je lui demande Quel est le nom de ce château.
u Si vous voulez qu'on vous le dise , Allez ici, là, n'importe où :
C'est le château de la marquise...
^Mais non, c'est le château du fou.
« Voilà, si vous voulez les croire, Ce qu'ils vous répéteront tous.
Mais moi , je connais colle hisloire » , Ajoula-l-il diin Ion plus doux.
« Il passa dans cette contrée, J'étais jeune, voilà longtemps, Une lemme belle et titrée, l?;iroimo et veuve avant viii;jt ans.
u Un jeune homme du voisinage Conçut pour elle un loi amonr.
La dame accepta son hommage Et crut le payer de retour.
« Ce n'était pas une cliaumin!' Qui convenait à son blason :
Un château dut sur la colline Succéder à l'humble maison.
" Tout amant ici-bas élève Un temple à sa divinité :
Les uns bâtissent dans le rêve , D'autres dans la réalité.
u La dame voulut elle-même
Dresser le plan de son château.
Rien n'est coûteux pour ce qu'on aime,
Rien n'est trop grand, rien n'est trop beau.
u Pour extraire les pierres blanches, On taille le sol en gradins.
CHANSOJVS NOUVELLES.
Les forêts fournissent les planches , Les prés se changent en jardins.
« Plus (le ventlan<]'s dans la vigne, Plus de moissons dans les guérels : Le désert allonge sa ligne.,.
Mais après , dircz-vous , après?
« Un couple d'oiseaux se sépare Avant d'avoir construit son nid.
La destinée est si bizarre !
Le château ne fut pas fini ,
« Car notre baronne est marquise.
Le manoir loge le hibou ,
Et le paysan le baptise
De ce nom : le château du Fou.
>i Vous me demanderez peut-être Le nom de la dame? Pourquoi?
Il vaut mieux ne pas le connaître.
Le fou, regardez-le : c'est moi! "
'JS GUSTAVE \ADAUD.