‹ Chansons nouvellesChapitre 9 sur 58 · LE CHATEAU DU FOU · texte numérisé non relu

LE CHATEAU DU FOU

Sur le sommet de la colline, S'élève un château tout récent, Qui déjà semble en ruine ; Il fixe les yeux du passant.

Sous le jeune lierre qui pousse, On voit se rider les grands mnrs , Comme ces fruits rongés de mousse Qui tombent avant d'être mûrs.

Je gravis à travers la lande :

Un homme était sur le coteau ; Je l'aborde, et je lui demande Quel est le nom de ce château.

u Si vous voulez qu'on vous le dise , Allez ici, là, n'importe où :

C'est le château de la marquise...

^Mais non, c'est le château du fou.

« Voilà, si vous voulez les croire, Ce qu'ils vous répéteront tous.

Mais moi , je connais colle hisloire » , Ajoula-l-il diin Ion plus doux.

« Il passa dans cette contrée, J'étais jeune, voilà longtemps, Une lemme belle et titrée, l?;iroimo et veuve avant viii;jt ans.

u Un jeune homme du voisinage Conçut pour elle un loi amonr.

La dame accepta son hommage Et crut le payer de retour.

« Ce n'était pas une cliaumin!' Qui convenait à son blason :

Un château dut sur la colline Succéder à l'humble maison.

" Tout amant ici-bas élève Un temple à sa divinité :

Les uns bâtissent dans le rêve , D'autres dans la réalité.

u La dame voulut elle-même

Dresser le plan de son château.

Rien n'est coûteux pour ce qu'on aime,

Rien n'est trop grand, rien n'est trop beau.

u Pour extraire les pierres blanches, On taille le sol en gradins.

CHANSOJVS NOUVELLES.

Les forêts fournissent les planches , Les prés se changent en jardins.

« Plus (le ventlan<]'s dans la vigne, Plus de moissons dans les guérels : Le désert allonge sa ligne.,.

Mais après , dircz-vous , après?

« Un couple d'oiseaux se sépare Avant d'avoir construit son nid.

La destinée est si bizarre !

Le château ne fut pas fini ,

« Car notre baronne est marquise.

Le manoir loge le hibou ,

Et le paysan le baptise

De ce nom : le château du Fou.

>i Vous me demanderez peut-être Le nom de la dame? Pourquoi?

Il vaut mieux ne pas le connaître.

Le fou, regardez-le : c'est moi! "

'JS GUSTAVE \ADAUD.

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