MA RÉCEPTION AU BARREAU
Couplets chantés dans un banquet qui me fut donné par mes confrères de Clermont.
Air : D'un tour de jardin.
Recevez-moi dans votre confrëi'ie, Puisqu'ou y trouve et sagesse et gaitë, Propos sans fard, aimable raillerie, Et bienveillance et surtout liberté.
De l'intérêt l'avide frénésie ' Ne vous suit point au temple de Thémis; Et parmi vous, exempts de jalousie, Les concurrens sont encor des amis.
Chez vous toujours le talent est modeste; Mais aux beaux arts il n'est point étranger: Avec le code et l'antique digeste , Vous possédez Horace et Déranger.
Vous n'avez point de la basoche ancienne Le ton pédant, l'air de capacité; Et s'il s'agit d'une cour mitoyenne.
Feu Cicéron par vous n'est point cité.
Lorsque parfois la justice sommeille Sur le duvet des bancs fleurdelysés, A votre voix la déité s'éveille, Dans vos discours ses arrêts sont puisés.
( io3 ) Si, le matin, debout à l'aiulience, De l'opprimé vous défomlez les droits, Souvent le soir, votre heureuse éloquence De la beauté sait captiver le choix.
De l'innocent que poursuit sa misère,
Par vos acccns vous calmez 1rs douleurs,
Sans demander aucun autre salaire
Que le plaisir d'essuyer quelques pleurs.
Pour le bonheur de la terre asservie.
Par nous les dieux furent trop implorés;
A nos amours la liberté ravie
A fui bien loin sous des cieux ignorés.
Mais quand la foule , à son culte inûdclle,
Porte au veau d'or un encens acheté,
Ici du moins l'Amitié la rappelle
Avec sa sœur la douce Égalité.
O mes amis, quand l'âge impitoyable
Fera trembler mon verre dans ma main,
De ce banquet le souvenir durable
Embellira le terme du chemin.
Pour surmonter les dangers du voyage,
Vidons ensemble un triple rouge-bord;
Puissions-nous tous sous le même feuillage
En cheveux blancs, boire et chanter encor:
Recevez-moi dans votre confréri«.
Puisqu'on y trouve et sagesse et gaîté; Propos sans fard, aimable raillerie, Et bienveillance et surtout liberté.
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