RACONTÉE PAR LUI-SIÈME
Air : De la ronde du major Palmer,
La Genèse vous raconte Dans ses livres vermoulus, Que votre globe ne compte Que six mille ans tout au plus.
Je soutiens que c'est un conte; Car, foi d'animal savant, Mon existence remonte A bien de siècles avant.
Jamais aucun patriarche Ne m'a vu, même empaille.
Et dans les caveaux de l'arche Jamais je n'ai sommeille.
' M. Cuvier, si reconimarulablc comme savant, a donné ce nom à un animal dont l'espèce est perdue et ne se trouve plus <[ae dans l'état de fossilisation. La découverte d'ossemens fossiles qui a été faite l'année dernière en Auvergne a donné lieu ;i celte plaisanterie. -
Le fait n'est point équivoque.
J'en appelle au vieux Noé,
Et bien plus , à mon époque
L'homme n'était pas créé. (bis.)
Vous vous croyez nécessaires Pauvres humains, et pourtant Le monde existait nagucrcs Sans vous paisible et content.
De ce globe siiblunaire C'était même l'âge d'or!
Libre sur son coin de terre.
Chacun vivait sans efforts.
Les bétcs, plus raisonnables Que certains docteurs fourrés.
Étaient toutes équitables Sans avoir pris leurs degrés.
Le mammouth, le mastodonte.
L'éléphant et le tapir iVe connaissaient point la honte, Mais seulement le plaisir.
On le goûtait sans scrupule, Sans peur d'être tourmenté Dans un enfer ridicule Par la sottise inventé.
On ne cherchait point la gloire Dans d'inuliles combats, Et pour vivre dans l'histoire On ne s'exterminait pas.
chez eux, nos braves ancêtres Ignoraient l'orgueil des rangs.
Point de valets, ni de maîtres.
D'esclaves , ni de tyrans.
Sous un chêne au vert feuillage Les amans étaient reçus.
Chez eux point de mariage, Mais aussi point de c
Nul suppôt (le l'alchimie Ne cherchait à créer l'or :
Point de docte académie ; Aussi restait-on d'accord.
Malgré vos histoires fausses, Je dis, après tous ces faits:
Si nous avions eu des chausses, Nous aurions été parfaits.
Mais un jour une comète Venant d'un soleil dissous, Sur cette pauvre planète Mit tout sens-dessus dessous.
Dans cette horrible bagarre , Animaux grands et petits, Au sein de la terre avare Nous fûmes tous engloutis.
Ainsi périt notre race, Mais dans l'espace infini , D'autres nous cédant la place Avant nous avaient fini.
Êtres à deux pieds, sans plumes.
Vantez, tant qu'il vous plaira.
Et vos lois et vos coutumes , Vos mœurs et votre opéra; Vantez-nous vos athénées, Vos tripots, et cceteta; Dans quelques milliers d'années.
Votre tour arrivera.
Par les flammes ou par l'onde Soudain rôtis ou noyés, De la liste de ce monde Vous serez aussi rayés.
Comme nous sous le bitume Ou la cendre des volcans, Pour qu'un savant vous exhume.
Vous attendrez cent mille ans.
Alors plus durs que la pierre, Vos membres fossilisés Passeront de la carrière Chez les docteurs divisés.
Un ciu'ier d'une autre espèce Analysant vos rapports, Dira : dans sa petitesse Quel fut ce drôle de corps?
Puis de vous il rendra cuniple A l'univers étonné, Et comme le mastodonte , L'homme sera chansonné.
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