LA MORT ET LE CHANSONNIER
Air ; De Préville el Taçonnet.
Je m'égarais près de mon humble chaume,
De mon jardin ai-rosant quelques fleurs ,
Lorsqu'à mes yeux apparut un fantôme
Le front voilé de lugubres couleurs. (bis.)
C'était la mort. — ■ ic Hâte-toi , me dit-elle ,
Je viens changer tes rosiers en cyprès. « (bis.)
— Encore un jour, ô déité cruelle,
Et je te suis sans crainte et sans regrets.
Porte plutôt cette faux menaçante Dans les palais souillés de sang et d'or ; Moi, tu le sais, ma vie est innocente, Et pour mourir je suis trop jeune encor! Je partirai, comme fait l'hirondelle.
Quand les frimas blanchiront nos guérets. — Encore un jour, ô déité cruelle.
Et je te suis sans crainte et sans regrets.
Du tambourin la rustique harmonie A rassemblé le hameau tout entier ; La grappe rit sous la feuille jaunie , En attendant qu'elle emplisse l'osier.
Je veux revoir la vendange nouvelle ; Viens, j'y consens, viens me chercher après.
— Encore un jour, ô dcitë cruelle.
Et je te suis sans peine et sans regrets.
Du chansonnier tu reçois la supplique, Mais un ami, dés long-temps en chemiji, En ce moment a franclii l'atlantique , Mon cœur me dit qu'il reviendra demain. Depuis dix ans lorsque ma voix l'appelle, Je veux du moins, je veux revoir ses traits.
— Encore un jour, ô de'ité cruelle,
Et je te suis sans crainte et sans regrets.
Mais qu'ai je dit? insensé, je m'égare; Si de rigueur ta faux allait s'armer ! C'est dés demain que l'amour me préparc Les plus doux nœuds qu'hymen puisse former Vois à l'autel ma compagne fidellc; Puis-je, dis-moi, quitter autant d'attraits? — Encore un jour, ô déité cruelle.
Et je te suis sans peine et sans regrets. Mais si j'en crois de fortunés présages , La liberté, que j'aimais au berceau, Bientôt verra relever ses images.
Et l'ancien monde égaler le nouveau.
Alors , alors de ma faible nacelle N'épargne plus les fragiles agrès :
Tu peux frapper , ô déité cruelle Et je te suis sans crainte et sans regrets.
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