L'INGÉNUE
Air : Tout ça passe , tout ça passe.
Vous qui savez tout, dit on,
Ecoutez-moi, bonne vieille,
Et prenez cette bouteille
Du meilleur de ce canton.
Dans je ne sais quel mystère
Ma prudence est en défaut :
Dites, dites, bonne mère.
Dites-moi ce qu'il me faut. (bis.)
La veille de la saint-Jean ,
Jour de ma seizième année.
J'allai dans la matinée
Chez un voisin obligeant.
C'est Lubin , sans vous déplaire ;
On peut le nommer tout haut.
Dites, dites, bonne mère,
Dites-moi ce qu'il me faut. (bis.)
Depuis ce jour, je le sens, II me manque quelque chose.
Souvent j'y pense et je n'ose En parler à mes parens.
La nuit, où je ne dors guère,
Çà me réveille en sursaut.
Dites, dites, bonne mère,
Dites-moi ce qu'il me faut. {bis.)
Hier je m'endormis au bain; La chaleur était si forte !
Mais j'entends ouvrir la porte.
Quoi! c'est vous, monsieur Lubin!
Il me croit fort en colère, Et s'en va comme un nigaud.
Dites, dites, bonne mère, Dites-moi ce qu'il me faut. {bis.)
Ce qu'il vous faut, mon enfant,
Repondit la bonne vieille,
La nature le conseille ,
Mais le bon Dieu le défend;
A moins que chez le vicaire,
Tous deux vous n'alliez plutôt.
— Grand merci, ma bonne mère.
Je vais faire, je vais faire,
Je vais faire ce qu'il faut. {bis.)