LE DELIRE BACHIQUE
AlB : Je commence à m'apcrcevoir Qu'il en est d'ia musique.
Amis, j'en conviens entre nous, Je suis plein comme une cuire :
Allez vous
Buveurs mëchans, mangeurs jaloux.
Chez nous bannie L'économie , Du ç;enre humain fut toujours l'ennemie. Pour les gourmands et les gourmets La terre aura toujours des mets, Et les bons vins ne tariront jamais.
Que du globe qui roule ^
La machine s'écroule, > ('-' )
Pour moi , j'en ris tant que le tonneau coule. /
Dans mes entrailles le Bordeaux Fait la guerre à l'Espagne ; Recourons au Champagne, Pour apaiser ces fiers rivaux.
Versez-moi vite Des vins d'élite!
A table, amis, je suis cosmopolite!
Que j'aime à voir en bataillon
Le Rhin avec le Roussillon,
El le vieux Grec auprès du Cotillon!
Que du globe qui roule \
La machine s'écroule , > (l>)
l'our moi , j'en ris tant que le tonneau coule. )
Exempt d'impôt et de loyer, Je mange et bois sans gêne, Et comme Diogéne J'ai vendu tout mon mobilier.
De ma vaisselle, Qu'un juif recèle.
J'ai seulement conserve mou ccuelle; Dans un festin quand je l'emplis Auprès de Rose ou de Philis, Je vois sous moi jusqu'au trône des lys.
Que du globe qui roule \
La machine s'écroule, '. C^)
Pour moi, j'en ris tant que le tonneau coule. ) Humains, reconnaissez l'abus De vos sottes batailles; Échangez des futailles Au lieu de boulets et d'obus. Que le commerce Les mette en perce :
Vous le savez, quand le vin nous renverse , Plus joyeux nous nous ramassons.
Et puis l'ivresse et les chansons Font qu'au dessert tous nous nous embrassons.
Que tlii £;lobe qui roule \
La machine s'écroule, > (b.)
Pour moi, j'en ris tant que le tonneau coule. )
Que le bouchon et le goulot Soient toujours en divorce :
Plus le vin a de force, Moins il faut l'affaiblir par l'eau.
Que l'onde arrose L'œillet , la rose , L'homme ici-bas a besoin d'autre chose.
En dépit d'un fade écrivain , C'est pour lui seul que le bon vin S'ambre et mûrit sous le pampre divin.
Que du globe qui roule \
La machine s'écroule, > {b )
Pour moi , j'en ris tant que le tonneau coule. ; Amis , ces coteaux odorans , Orgueil de la Limagne, Jadis dans la campagne Vomissaient des feux dévorans.
Mais sur la lave, Féconde esclave, Le vigneron vient enrichir sa cave Ainsi des ans bravant le cours, Bacchus ramènera toujours Avec le vin les folâtres amours.
Que du globe qui roule i
La machine s'écroule, / (^•)
Pour moi. j'en ris tant que le tonneau coule '
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