LA COURTISANE
Air : Des Comédiens.
Dors! jeune Emma, de ta blanche paupière Que les longs cils voilent tes yeux si beaux ! Dors au reflet d'une pale lumière, Moi, j'attendrai le jour sous tes rideaux.
Dans ce boudoir quelle richesse éclate, Sans les confondre, unissant leurs couleurs, La gaze et l'or, le lin et l'ècarlate Pendent ornes de festons et de fleurs.
Emprisonne' sous un globe fragile, Ici, l'Amour montre d'un doigt chagrin L'heure qui fuit, grâce au vieillard agile Dont le marteau retentit sur l'airain.
'Voici Venus, non la Venus pudique Qui cherche l'ombre et sourit à l'Hymen, Mais de Paphos la déesse lubrique Que l'on aborde une offrande à la main.
Riche d'attraits, long-temps sûre de plaire, A son autel peux-tu sacrifier !
Rougis, Emma, d'implorer un salaire Pour des faveurs que l'or ne peut payer.
Eh ! que me font ce luxe qu'on admire, Tes beaux tapis, tes vases précieux.
Tes diamans, ton moelleux cachemire?
Le bavolet, jadis te parait mieux.
Il t'en souvient, sous l'ormeau du village. Alors qu'avril ramenait le printemps, Tous les garçons, épiant ton passage, Faisaient pleuvoir les fleurs et les rubans!
Dors! jeune Emma, de ta blanche paupière Que les longs cils voilent tes yeux si beaux! Dors au reflet d'une pâle lumière; Moi, j'attendrai le jour sous tes rideaux.
Dans cet essaim de folâtre jeunesse.
Ton cœur novice avait choisi Julien ; Il était beau, jeune, bouillant d'ivresse. Tout s'apprêtait poiM:. le plus doux lien.
Pour un seigneur, amoureux de tes charmes. Au desespoir ton orgueil le livra; Lorsque ses nuits s'écoulaient dans les larmes, Ton char brillant volait à l'opéra.
L'amour trompé punit ta perfidie, Et par degrés bientôt t'avilissant.
Tu vins un jour, courtisane enhardie, Solliciter les désirs du passant.
Combien, dis-moi, t'ont coûté de caresses Les vains produits de la mode et de l'art?
Combien de fois l'or de tes longues tresses A-t il tremble' dans la main d'un vieillard?
De nos Lais tu marches la plus belle, Mais tu n'as plus de plaisirs innocens; La volupté fuit ta couche infidelle, A peine, hélas! sil te reste des sens!
Parfois pourtant une pensée amère
Te montre encor le clocher du hameau.
Le lit de serge où ta plaintive mère
En expirant a maudit ton berceau.
Dors, jeune Emma, de ta blanche paupière
Que les longs cils voilent tes yeux si beaux!
Dors, quand du jour renaîtra la lumière,
Tu veilleras seule sous ces rideaux.
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