LE FOSSOYEUR
Air nouveau, fait pour le bon vieillard de Béranger.
Joyeux garçons, pourquoi fuir mon visage? Je ne veux point vous causer de frayeur; Rassurez-vous, mes amis, à votre âge On ne doit point craindre le fossoyeur. Pour vous la vie entrouvre sa carrière, Mais, quoique vieux, exempt de tout regret, Si le matin me trouve au cimetière.
Souvent, le soir, je chante au cabaret, (bis.)
Enfant, vieillard, riche ou gueux, tout succombe;
Vers le tombeau nous marclions chaque jour,
Et je me dis, en creusant une tombe,
Demain, peut-être, arrivera mon tour.
Mais d'un vin frais quand je me désaltère,
De l'avenir l'ima ge disparait.
Si le matin me trouve au cimetière, etc.
Des vains débris de l'humaine dépouille
L'aspect glacé ne m'a point endurci ;
Vous qui craignez que mon regard vous souille,
Sur des tombeaux vous dansez bien aussi :
De vos aïeux où dormait la poussière,
Entendez-vous les sons du galoubet?
Si le matin me trouve au cimetière, etc.
Combien de fois, sous ces ifs vénérables,
J'ai vu des fils, des épouses, des sœurs!
Tous, disaieut-ils, étaient inconsolables.
Tous apportaient des larmes et des fleurs.
Bientôt après, la tombe solitaire.
Malgré mes soins de ronces se couvrait.
Si le matin me trouve au cimetière, etc.
Ne croyez pas aux douleurs éternelles,
II n'en est point sur ce globe léger;
Comme le bien le malheur a des ailes,
Mais loin de vous puisse-t-il voltiger!
Adieu, je sens se fermer ma paupière;
Si vous voulez apprendre mon secret ,
Demain matin venez au cimetière,
Demain le soir venez au cabaret. (his)
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