‹ Chansons nouvellesChapitre 19 sur 53 · LA CANTHARIDE · texte numérisé non relu

LA CANTHARIDE

ou LE PHILTRE.

Air Des Comédiens.

Ou du rondeau de Miller, intitulé : Un lour de jardin.

-.Ielrs , il le faut ; meurs , o toi qui recèles Des dons puissans , à la volupté chers ; Ilends à l'amour tous les feux que tes ailes Ont à ce dieu dérobés dans les airs.

^:iara , » m'a dit cette femme si vieille , <,)m , chaque jour, pleure encor son printemps ; « Quoi ! votre joue est déjà moins vermeille, » Vous languissez et n'avez que vingt ans.

» Un père altier, que seul l'intérêt touche , " Vous a jetée au lit ctun vieil époux ;

j> L espoir en vain sourit sur votre b.juche ; )> L hymen l'effleure et s endort près de vous.

i> A votre aboi'd naît la froide risée ;

)' L Amour se dit : On ma fait un larcin ,

)' Mais celte terre a des nuits sans rosée,

» Et d aucun fruit ne parera son sein.

)> Trompez l'amour, croyez-en ma sagesse.

» Un philtre heureux, jilein de tendres chaleurs,

)' De votre époux exhumant la jeunesse ,

)) Peut de la votre épanouir les fleui's. »

La vieille alors , baissant sa voix tremblante , M'enseigne 1 arî de ce philtre charmant. J allais , sans elle, en ma fièvre brûlante, Maudire époux, père, autel et serment.

Mais vers ce frêne, accourant dès laurore, Dansées rameaux j'ai su glisser ma main. La cantlrai"'ide y reposait encore ; Heureuse aussi je dormirai demain.

jileuis, il le faut; meurs, ô toi qui recèles , Des dons puissans à la volupté cliers ; Rends à l'amour tous les feux que tes ailes Ont ù ce dieu dérobés dans les airs.

Mes jours, mes nuits, ma vie, étaient sans charmes; Je répugnais à d'innocens plaisirs.

Tout bas, ma bouche, insultant à mes larmes, Osait donner uu nom à mes désirs.

Mon cœur brûlait, hélas ! il brûle encore. Jamais breuvage aura-t-il cette ardeur Qui dans mon sang circule , me dévore. Et d'un long trouble accable ma pudeur !

Père cruel ! il fallait de ta fille.

Aux murs d un cloître ensevelir les jours. Là , Dieu du moins nous crée une famille ; Là, son amour éteint tous les amours.

Où donc est-il l'époux que ma jeunesse Avait rcvé jeune , beau, caressant?

Entre ses Lras ma pH(li((!U' tendresse EAt été seule un philtre assez puissant.

De mon hymen , oui , la fioideur me tue. D'un plaisir chaste allumons le flambeau ; Ah ! cessons d'être une vaine statue , Dont un mari décore son tombeau.

La tendre vieille a dit : « Soyez docile , « Et dès demain renaîtront vos couleur.s : » Demain moi-même , au seuil de votre asik y Je suspendrai dcu\ couronnes de fleurs, n

Meurs, il le faut; meurs, o toi qui recèles Des dons puissans , à la volupté chers j Rends à lamour tous les feux que tes ailes Ont à ce dieu dérobé dans les airs.

LE TOUPtNE-BROCÎlE.

Air : Le Lriiit des rouleltes gâte loul.

U 0 dîner j aime fort la cloche, Mais ou la sonne en peu d'endroits ; Plus qu'elle aussi le lourne-broclic A nos hommages a des droits.

Conibieu d'ennemis il rapproche Chez le prince et che/. le bourgeois ! A son doux tic tac un jour les partis Signeront la paix entre deux rôtis.

<^u on reprenne sur la musique Les cjuerelles du temps passé , Que par l'Amphion italique Le grand Mozart soit terrasse ;

Je ne tiens qu'au refrain bachique Par le tourne-broche annoncé.

A son doux tic tac un jour les partis Signeront la paix entre deux rôtis.

Lorsque la Fortune à sa roue Attache mille ambitieux , Les précipite dans la boue Ou les élève jusqu aux cieux , C est la broche, moi je 1 avoue, Dont la roue attire mes yeux.

A son doux tic tac un jour les partis Signeront la paix entre deux, rôtis.

Une montre, admirable ouvrage, Des heures décrivant le cours , Règle , sans en charmer 1 usage , Le cercle borné de nos jours ; Le tourne-broche a l'avantage D embellir des instans trop courts.

A son doux tic tac un jour les partis Signeront la paix entre deux l'ôtis.

Ce meuble , suivant maint vieux conte, A manqué seul à 1 âge d'or ; C est l'amitié qui , pour son compte , Dut en inventer le ressort :

Vivent ceux que sa main remonte , Mais gloire à celui du Trésor !

A son doux tic tac un jour les pai'tis Signeront la paix entre deux l'ôtis.

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