‹ Chansons nouvellesChapitre 2 sur 53 · LA MUSE EN FUITE · texte numérisé non relu

LA MUSE EN FUITE

ou MA PREMIERE VISITE AU PALAIS DE JUSTICE.

( Chanson faite à l'occasion des premières poursuites judiciaires exercées contre moi pour la publication de mon Recueil.)

AIR : Halte là.

u i T T E z la lyre , ô ma muse ! Et déchiffrez ce mandat.

Vous voj'ez qu'on vous accuse De plusieurs crimes d'état.

( lO )

Pour un inteiTogatoire Au Palais comparaissons.

Plus de chansons pour la gloir« !

Pour l'amour plus de chansons !

Suivez-moi !

C'est la loi.

Suivez-moi, de par le Roi.

Nous marchons, et je découvre L'asile des souverains.

Muse , la fronde en ce Louvre \it pénétrer ses refra ns *.

^u qui vive d'ordonnance , Alors , prompte à s'avancer, La chanson répondait : France !

Les gardes laissaient passer.

* Jamais plus de chansons ne furent lance'es de part et d'autre qu'à IV'poque (le la fronde, et Blol et Marigni , cliansonnievs cin temps , ne furent l'oLjet d'aucune poursuite.

Suivez-moi l

C'est la loi.

Suivez-moi , de par le Roi !

La justice nous appelle De l'autre côté de l'eau.

Yoici la Sainte-Chapelle Où l'on pria pour Boileau *.

S'il renaissait, ce grand maître , Le clergé , remis en train , En prison ferait peut-être Fourrer l'auteur du Lutrin.

Suivez-moi!

C'est la loi.

Suivez-moi , de par le Roi !

Là , devant ce péristyle , Un tribunal impuissant

* On sait que Boileau fut enterré dans l'église située sous la Sainte-Cliapelle, où l'on voyait le fameux lutrin (^Hi infvpifa l'un des ouvrages les plus parfaits d« notre langue.

Au bûcher livra l'Emile *, Phénix toujoui's renaissant.

Muse , de vos chansonnettes , Aujourd'hui 1 on va tâcher De faire des allumettes Pour ranimer ce bûcher.

Suivez-moi !

C'est la loi.

Suivez-moi , de par le Roi !

Muse , voici la grand'salle

Eh quoi ! vous fuyez devant Des gens en robe un peu sale , Par vous piqués trop souvent.

Revenez donc, pauvre sotte, Voir prendi'e à vos ennemis, Pour peser une marotte , ,

* On sait également que par ari-i'l du parlement l'Emile fut bvûle' par la main du Ijourreau , et son auteur de'cre'le' de prise de corps.

Les balances de Thémis.

Suivez-moi !

C'est la loi.

Suivez-moi , de par le Roi !

Elle fuit , et chez le juge J'entre , et puis enfin je sors.

Mais devinez quel refuge Ma muse avait pris alors.

Gaîment avec la grisette D'un président , bon humain , Cette folle , à la buvette , Répétait le verre en main :

Suivez-moi !

C'est la loi.

Suivez-moi , de par le Roi !

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