L'ALOUETTE DU PEINTRE GRUTIER
Qivudoiu: le peintre (iautierï Revient-il de l'autre monde .' Ne sait-il plus sou métier?
Est-ce que Courbet le gronde?
Ses lèvres u'ont plus daccueil Même pour le doux sourire .
Une larme dans son œil Ne cesse jamais de luire.
Son ami, le singe Arthur, Ne fait plus de cabrioles.
Le perroquet d'un air dur Roule d"anières paroles.
Pourquoi donc tout l'atelier S'attriste-t-il de la sorte Avec le peintre Gautier?
C'est que Talouette est morte!
— oh —
Il aimait tant cet oiseau Auquel, sur la serinette.
Il apprenait un morceau (AiTair d'une chansonnette.
In rayon parti des champs \ enait-il dorer sa cage.
L'alouette dans ses chants ^^mblalt rêver paysage. . .
Elle était heureuse alors :
Le plumage de sa tête , Tout à coup formant un corps.
Se dressait comme ime aigrette.
Elle semblait, un instant, Par ses ailes soutenue.
Planer sur le blé flottant Et s'élever dans la nue .
Elle mangeait du millet
Dans la main de son bon maître,
Et jamais ne s"envolait
Quand il ouvrait la fenêtre.
Avec tous les animaux.
Elle était si bien \mie,
Que, pas un jour, de gros mots
N'ont troublé leur harmonie.
Un uauraitpas pu l'avoir
Ni pour cent francs, ni pour iiiiilt
Me disait Gautier, un soir.
Sa douleur n'est pas puérile.
Il faudrait être bien dur
Pour railler une allouette.
Les cœurs simples comme Artliur
Comprendront qu'on la regrette.
Un jour, Gautier sen allant.
Porta la pauvre petite Chez un ami bienveillant.
Il devait revenir vite.
L'alouette était encor Plus aimante que son maître.
Son départ causa sa mort.
Elle se tua peut-être.
Gautier comprit tous ses tort.^ Et demeura morne en face De ce pauvre petit corps Déjà froid comme la glace.
Gàchet, un bon médecin, Fut chargé de Tautopsie.
L'oiseau, dit-il, était sain ; Il est mort d'apoplexie.
Les restes du cher oiseau Furent déposés en terre.
Sous un cerisier fort beau.
Dans un jardin solitaire.
Trois dames ont accompli Cette mission secrète.
Au pied du bel arbre on lit « Ici 2-it une alouette. »
Jamier 18tiO.