‹ Chansons parisiennesChapitre 16 sur 16 · LA DERNIÈRE MAITRESSE · texte numérisé non relu

LA DERNIÈRE MAITRESSE

Chauve et pensif, un vieux célibataire Fixait un œil triste et x)oiu'tant malin Sur le sommier de son lit solitaire, Que l'amour prit autrefois pour tremplin Dans un brouillard défilait tout un mond De femmes qui jadis l'avaient aimé.

11 essayait d'arrêter brune ou blonde, Puis retombait dans son rêve, abîmé.

Se cramponnant en vain à sa jeunesse, Il fit durer quarante ans ses vingt ans. Enfin, un soir, il trouve une maîtresse. Et se remet à vivre l'ancien temps.

C'était Irma. La malheureuse fille. Ne trouvant plus Vamour que sans le sou. Voulait se pendre, et le pauvre vieux drille Comme un barreau lui présenta son cou.

Depuis ce temps, à Meudoii, à Versailles, Chaque dimanche, il la promène au bois. Où, se cachant derrière les broussailles. Il fait : cou cou ! d'une petite voix. Kn cabinet, dinant seul avec elle.

La main d'Irma sur sa tète, un genou.

n happe au vol la bouchée à laquelle Avaient touché les dents de son biJ-'U.

Pour dég'uiser les odeurs de sou ày-e, Il est toujours blanc de poudi^e de riz. D'eau de Cologne, il fit un tel usage. Qu'il parfumait les passants à Paris.

Secrètement il mène son amante A la barrière, ou chez Bulher au bai.

Et quelquefois, quand Irma le tourmente Il risque même un quadrille infernal.

Le vieux Jobard, à force de larges. -p.

A cette fille arrache une faveur:

Il la repaie, et la belle s'empresse

De tout manger avec un beau coitïtur.

Elle veut mèm.e, afin detre tranttuil!»',

Et de ne plus revoir ce garnement.

Que le bon vieux donne un billet de mille

A ce garçon qu'elle avait pour amant.

Mais le coiffeur, ayant usé la somme, Arrive un soir, gris comme un Polonais. Et veut forcer le malheureux bonhomme A lui prêter encore des jaunets.

Irma voudrait le calmer. Il s'emporte, Donne des coups au vieux. La jiauvre Irma Dit : « Jetons-lui de Targent et quïl sorte 1 » Sur un baiser la porte se ferma.

Se ramassant, le vieillard dit : « Faussaire! » Puis à voix basse : « Est-ce qu'il est parti? Je vais aller me plaindre au commissaire. >> Irma répond : « A quoi bon, mon petit? Il est jaloux de ton bonheur, ce drôle. Car il sait bien que je n'aime que toi. <> « — Soit, dit le vieux, en se frottant l'épaule, Mais il aura du moins affaire à moi ! »

Finalement, la belle Irma s'envole.

Le vieux la cherche, et. quand il a compris. Sur le carreau se roule et se désole, En arrachant ses derniers cheveux gris.

Puis il mourut, pendant plusieurs années. Voyant passer dans l'alcôve toujours Des ossements, des fi^mmes décharnées Qu'il appelait ses anciennes amours.

Mais 1860.

Pages

MoDsieur Rufin

g Loulou

Dimanche

Adieu à un Ami

Un Atelier de Demoiselles ^'

Amour d'Eté

Madame Fontaine

Épitlialame d •. Lison *^ '

Un Mariage dans les Blés ^9

Effets de Printemps * • ' '

BI8UOTH?C

Mimi dans le Parc de .Versailles X,

A Titice 41

Les Rôdeurs de nuit 43

Le Nain de la Bouteille 4";

Le Départ des Soldats 5i

L'Alouette du jieiiitre riautier 55

Adrienne 59

Les Ruines du quartier Latin 63

La dernière Maîtresse 01

l'aria. — Ij p. \ERi irar.fï. 8, r. Tourtonr-St-Opr»

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