‹ Chansons populaires des provinces de FranceChapitre 99 sur 124 · LYONNAIS · texte numérisé non relu

LYONNAIS

BELLE, ALLONS NOUS ÉPEO M H NU R . NOUS ÉTIONS DIX PILLES DANS UN PRÉ. P I N C 0 LES NOIX

Il est singulier que les Lyonnais n'aient pas encore étudié la poésie populaire de leur province; la ville de Lyon seide fournirait un volume curieux sur une industrie qui a longtemps défrayé les faiseurs de couplets : les ouvriers de toute sorte, les canuts et le Lyonnais proprement dit, montreraient combien ces chansons ont défrayé les provinces voisines : le Bourbonnais, le Dauphiné. J'avais espéré pouvoir donner une chanson de canut; mais l'ouvrier en soie ne paraît pas porté à la composition musicale; toutes ses chansons sont adaptées à des ponts-neufs, à des airs de vaudevilles ; le patois en est presque inexprimable, et les allusions aux termes du métier sont généralement ordurières.

D'ailleurs, aujourd'hui le canut n'existe plus, c'est-à-dire ce type singulier dont les dessinateurs se sont emparés dans ses habits de fête, et qui nous a valu la création d'un polichinelle particulier, Guignol. Dans un récent voyage à Lyon, j'ai visité bien des ateliers de cette redoutable Croix-Rousse d'où l'insurrection est descendue plus d'une fois dans la ville: j'y ai trouvé, même le lundi, d'honnêtes ouvriers travaillant au métier, montrant un certain orgueil à expliquer leur industrie, déroulant leurs étoffes brillantes dont le tissage est obtenu avec tant de peine et de soins. Mais le canut n'existe plus. Il chante encore un ancien refrain :

Allons aux Brolteaux, — Ma mie Jeanne, Allons aux Brotteaux, — Car il fait beau. — Nous y mangerons — Une salade, Nous y danserons — Un rigaudon.

Mais déjà sont effacés de sa mémoire ces couplets de la langue canuse, dont voici l'échantillon le moins barbare :

T'iras chez Monsu Champavert , Un battant 1 il doit nous prêter, Et une ensoupele de derrière '2 Que tu te feras apporter.

Quand tu seras, pauvre Tarnette, L'épouse du pelit Bastien, Il n'y aura sur la banquette^ Canuse qui ne soit si bien.

D'une énorme collection de chansons que m'a procurées un poëtc local, M. J.-B. Coignet, il m'est impossible d'en donner même le sens; les patois bravent l'honnêteté et semblent un masque qui permet de tout dire; mais la langue française, dans sa clarté merveilleuse, astreint la pensée à une politesse qui gênera considérablement ceux qui devront traiter un jour de la poésie particulière aux canuts :

Pelila cervella ,

Vos n'y pensez pas

D'être si cruella?

X'avis gin d'appas;

Celi que vos aime RT est-il pas assez puni D'aima una groussa laida Sans avay votrou mépris?

C'est encore un couplet qu'on peut citer, mais qui ne donne pas l'idée des chansons de la Croix-Housse il y a cinquante ans; et cependant il est important que ce sujet soit étudié.

Page 1