‹ Chansons populaires du CanadaChapitre 35 sur 116 · C'EST DANS LA VILLE DE BYTOWN · texte numérisé non relu

C'EST DANS LA VILLE DE BYTOWN

Il y a de cela déjà bien des années, par une délicieuse matinée de juillet, un jeune homme avec qui je suis intimement lié, partait de la ville des Trois-Rivières pour se rendre à sa paroisse natale, la Rivière-du-Loup, en haut. Le jeune homme était musicien, et, commue il n'avait que dix-sept ans, il devait naturellement se croire très-fort dans son art. Chemin faisant, voilà qne son cocher, ému sans doute par les beautés du soleil levant, et stimulé aussi, peut-être, par le chant des coqs et le bêlement des génisses, se met à entonner : Cest dans la ville de Bytown avec un accent rustique des plus prononcés. Grand plaisir chez notre artiste en herbe, qui, en vrai musicien de notre siècle, cherche aussitôt à harmoniser la mélodie, dans son esprit, à mesure qu'elle sort du rude gosier de son compagnon. Mais voilà notre jeune ami tout décontenancé! Impossible d'harmoniser cela! Il a beau

solliciter toutes les formules harmoniques, toutes les modulitions à lui connues impossible d'arriver à rien 1

De la leçon toute pratique que donnait à notre ami son brave compagnon de route, il ressortait clairement ce principe : qu'il peut exister une musique reposant sur d'autres lois que sur celles qui régissent la tonalité qui nous est familière. Mais il ne tira pas cette conclusion tout d'abord. Assurément il fut frappé de l'étrangeté de

la mélodie qu'il entendait, mais ce qui lui parut infiniment plus étrange encore, ce fut de se voir, lui, mis à quia par un pauvre cocher !

" Les airs populaires dit M. Wekerlia, offrent quelquefois de véritables difficultés d'harmotiisation, étant faits complètement eu dehors des vues d'un accompagnement, et contraires souvent à noslois harmoniques sur les modulations. Quelques-unes de nos chansons populaires datent d'une époque assez reculée, cela est incontestable ; plusieurs d'entre elles, celles où la note sensible n'existe pas, par exemple, remontent au moins à 1500, puisque ce n'est que tout au commencement de 1600 que Monteverde trouva l'accord de septième de dominante. Or, cet accord de septième détermina réellement le sentiment de Li note sensible, c'est-à-dire le demi-ton qui précède la tonique. Même sans ce trait caractéristique, beaucoup de chansons populaires font constater l'ancienneté de leur origine, rien que par leur allure méthodique, leur similitude avec le chaut grégorien."

Je ne partage pas entièrement la manière de voir du distingué compositeur dont je viens de citer les paroles, et je ne serais pas prêt à croire, comme lui, à l'ancienneté d'une mélodie uniquement parce qu'elle se rapproche de la tonalité grégorienne. Cette tonalité n'a jamais eu accès au théâtre, et l'harmonie dissonante l'a chassée complètement des salons, c'est vrai ; mais dans certaines campagnes (je parle des campagnes du Canada), surtout dans celles où il n'y a ni orgue, ni harmonium dans les églises, et où l'on n'entend jamais d'autre instru. ment que le violon, elle règne encore en souveraine ; c'est dans cette langue musicale que les chanteurs populaires improvisent et composent. li est possible que la mélodie de C'est dans la ville de Bytown, qui appartient au premier mode authentique de la tonalité ancienne, soit le composition fort antérieure à celle des paroles qui

l'accompagnent, mais il est aussi fort possible que paroles et musique aient été composées en même temps : ce qui alors ne pourrait remonter bien haut.

On a fait un grand nombre de chansons où figure la ville de Bytown (aujourd'hui Ottaoua). M. LaRue, dans son étude sur nos chansons populaires, en a cité une trèsremarquable dont je regrette de ne pas connaître l'air. Bytown a été longtemps le poste avancé de la civilisation dans la belle vallée de l'Ottaoua, le dernier souvenir qu'emportaient les voyageurs forestiers dans leurs lointaines excursions au delà des îles Calumet et Allumettes;

C'est dans la vill' de Bail- ton-ne, Là ious- que

j'ai'té faire un tour ;

Là ious-que ya des jo- lies

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fil-les, Qui sont par-fait* et gen- till', Mais yen a

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t-an' que, par 'sus tout, Z-on dit que j'y fais l'a- mour.

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Mais yeu a- t-an' que, par 'sus tout,Z-on dit

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que j'y fais l'a- mour.

C'est dans la, vill' de Bailtoune Là ioasque j'ai 'té faire un tour; La iousque ya des jolies filles Qui sont parfait' et gentilles, Mais yen a-t-an' que, par 'sus tout, Z-on dit que j'y fais l'amour.

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