JAMAIS JE NOURRIRAI DE GEAI
{Autre air)
L'air qui précède a été recueilli dans le district des Trois-Rivières ; celui-ci m'a été chanté par un ancien ha bitant de l'Ile d'Orléans. L'inversion toute gracieuse du refrain :
Jamais je nourrirai de geai, De geai jamais je nourrirai ....
pourrait prouver, au besoin, que cette forme de langage, dont les poètes ont tant usé et abusé, n'est pas une de ces beautés de convention auxquelles chacun de nous paie tous les jours, sans s'en douter, un tribut d'admiration factice. L'inversion seule peut, bien réellement, donner une couleur poétique à une phrase qui, sans elle, en serait dénuée. Mais les poètes, à mon avis, usent un peu largement de la recette ; aujourd'hui, la lecture d'une pièce de vers est souvent un véritable travail de construction.
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Hiîlii^l
J'ai bieu uoor- ri le geai sept ans De- dans ma
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ca- ga ron- - de ; An bout de la sep-tième an- né' Moa
geai a pris son vol, oh I gai. Jamais je nour-ri-
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rai de geai, De geai ja- - mais je nour-ri- rai.
LA GUTGNOLEE
Ce chant de la Guignolèc^ si remarquable à cause de l'antiquité de son origine, a eu le privilège d'occuper l'attention de plusieurs de nos meilleurs écrivains canadiens. L'honorable monsieur P. J..0. Ghauveau y a consacré quelques lignes dans une des charmantes " petites revues" de son Journal de riiistniclioii Publique, et monsieur J. C. Taché, dans les Soirées Canadiennes, en a fait l'objet d'une notice intéressante que je reproduis ici :
" Ce mot La Ignolée, dit M. Taché, désigne à la fois une coutume et une chanson : apportées de Fran-ce par nos ancêtres, elles sont aujourd'hui presqu'entièrement tombées dans l'oubli.
" Cette coutume consistait à faire par les maisons, la veille du jour de l'an, une quête pour les pauvres (dans quelques endroits on recueillait de la cire pour les cierges des autels) en chantant un refrain qui variait selon les localités, refrain dans lequel entrait le mot La Ignolée, Guillonée, la Guillona, Aguilanleu , suivant les dialectes des diverses provinces de France où cette coutume s'était conservée des anciennes mœurs gauloises.
'' M. Ampère, rapporteur du Comité de la langue, de rhistoire et des arts de la France, etc., a dit au sujet de cette
chanson : " Un refrain, peut-être la seule trace de sou- " venirs qui remontent à l'époque druidique."
" Il ne peut y avoir de doute sur le fait que cette coutume et ce refrain aient pour origine première la cueillette du gui, sur les chênes des forêts sacrées, et le cri de réjouissance que poussaient les prêtres de la Gaule drui dique : Au gui l'an neuf, quand la plante bénie tombai» sous la faucille d'or des Druides.
" Dans nos campagnes, c'était toujours une quête poui les pauvres qu'on faisait, dans laquelle la pièce de choix était un morceau de l'échiné du porc, avec la queue y tenant, qu'on appelait Véchignée ou la chignée. Les enfants criaient à l'avance en précédant le cortège : la Ignolêe qui vient ! On préparait alors sur une table une collation pour ceux qui voulaient en profiter et les dons pour les pauvres.
" Les Ignoleux, arrivés à une maison, battaient devant la porte, avec de longs bâtons, la mesure enchantant: jamais ils ne pénétraient dans le logis avant que le maître et la maîtresse de la maison, ou leurs représentants, ne vinssent en grande cérémonie leur ouvrir la porte et les inviter à entrer. On prenait quelque chose, on recevait les dons dans une poche qu'on allait vider ensuite dans une voiture qui suivait la troupe; puis on s'acheminait vers une autre maison, escorté de tous les enfants et de tous les chiens du voisinage, tant la joie était grande .... et générale !
" Voici la chanson de La Ignolée, telle qu'on la chantait
encore en Canada, il y a quelques années, dans les paroisses du Bas du Pleuve :
" Bonjour le maître et la maîtresse Et tous les gens de la maison.
Nous avons fait une promesse De v'nir vous voir une fois l'an.
• Un' fois l'an .Ce n'est pas grand' chose
Qu'un petit morceau de cliignée.
**Un petit morceau de chignée,
Si vous voulez.
Si vous voulez rien nous donner,
Dites-nous lé.
Nous prendrons la fille aînée, Noua y ferons chauffer les pieds !
La Ignolée ! La Ignoloche !
Pour mettre du lard dans ma poche 1
** Nous ne demandons pa« grand' chose
Pour l'arrivée.
Vingt-cinq ou treut' pieds de cliignée
Si vous voulez.
*' Nous sommes cinq ou six bons drôlea, Et si notre chaut n'vous plaît pas Nous ferons du feu dans les bois,
Etant à l'ombre ; On entendra chanter l'coucou Et la coulombe ! "
" Le christianisme avait accepté la coutume druidique la sanctifiant par la charité, comme il avait laissé sub-
sister les men/ii'rs en les couronnant d'une croix. Il est probable que ces vers étranges :
Nous prendrons la fille ainée, Nous y ferons chauffer les pieds !
sont un reste d'allusions aux sacrifices humains de l'ancien culte gaulois. Gela rappelle le chant de Velléda, daa les Martyrs de Chateaubriand :— " Tentâtes veut du sang...
au premier jour du siècle il a parlé dans le chêne des
Druides!" [Soirées Canadiennes,— année 1863.)
L'air sur lequel se chantent ces fragments consiste en quelques phrases musicales sur lesquelles la poésie s'ajuste tant bien que mal, lantôL sur l'une, tantôt sur l'autre de ces phrases, sans ordre régulier.
Cette coutume traditionnelle de courir la Ignolée^ si bien décrite par M. Taché, finit par perdre beaucoup de son caractère. Il y a une vingtaine d'années, le maire de Montréal donnait à des jeunes gens, la veille du jour de l'an, àes permis de courir la Ignolée, sans lesquels on s'exposait à avoir affaire à la police. Cette mesure de précaution n'empêchait cependant pas toujours les désordres : lorsque, par exemple, deux Guignolées se rencontraient, pour peu qu'on se fût grisé en chemin, il y avait bataille, et les vainqueurs grossissaient leurs trésors du butin des vaincus.
M Adélard Boucher, m'écrivait de Montréal, l'an dernier :
" Je suis loin d'oublier la Ignolée, qui se prononce ici, universellement, Gwignolée. Malheureusement, toutes mes démarches, jusqu'à présent, n'ont abouti à rien d'utile. Tout le monde sait les premiers vers, rien
242 CHANSONS POPULAIllES
de plus. L'usage s'en passe à Montréal comme à Québec Jadis ce chant était suivi de quêtes en faveur des pauvres de la localité sérénadée. Aujourd'hui les artistes chanteurs se constituent eux-mêmes les pauvres, et transforment en copieuses libations les aumônes iju'il réussissent encore à prélever de leurs dupes. Ce secret dévoilé a refroidi, comme vous pouvez bien le penser, les sympathies des cœurs charitables, et, aujourd'hui, artistes et pauvres exploitent avec un mince succès " La Gaignolée." En attendant le texte fidèle de ce chant remarquable, en voici, de mémoire, à peu près la substance : "
Solo.
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