‹ Chansons populaires du CanadaChapitre 92 sur 116 · FINK · texte numérisé non relu

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En France, dans le Vendômois, " tous les enfants courent les rues, le premier jour de l'an, et disent à ceux qu'ils rencontrent: "Donnez-moi ma gui-ran-neu." Dans le Maine, le peuple court aussi les rues, la nuit qui préi cède le premier jour de l'an, chante des chansons aux portes des particuliers, et les termine par demander

quelque choses pour la gui-ranneu." (C. Lfbkr, Collection de pièces relatives à l'histoire de France^ p. 37, t. III.)

On aimera sans doute à connaître une Guignolée française, et on lira avec intérêt l'article et la chanson qui suivent, tirés d'un almanach publié à Paris (U Illustration, année 1855) :

LA GDILLANNÉE.

" La guillannée, gui, l'an nèou! gui I l'an neuf! se fait de la manière suivante dans les contrées méridionales. Le 31 décembre au soir, des groupes d'enfants, déjeunes gens, de mendiants, vont, ;\ la lueur d'un flambeau, de porte en porte, aussi bien dans les campagnes que dans les villes, quêter un présent en l'honneur de l'an nouveau, en entonnant des complaintes ou des légendes en mauvais français, finissant tontes par ces nfiots ou par des équivalents : donnez-nous la suillannée 1

" Les présents qui leur sont accordés consistent quelquefois en monnaie, le plus souvent en provisions de bouche, fruits, viande de porc, etc.

" Voici une des légendes chantées par les quêteurs:

" Le fils du roi s'en va chasser (bis) Diuis la forêt d'Hongrie; Ab ! doiiuez-iious la guillaunée, Moiiseigueur, je vous prie!

" Ayant chassé et recUassé, {bis) Il n'a pas fait grand' prie; Ah ! donnez-nous, etc.

" Il n'a trouvé qu'un nid d'oiseau, (bis)- Qui s'appelle la Trie.

Ah ! donnez-nous, etc.

" De cinq qu'il y a, prend le plus beau, {bis) Et lo poitt^ à sa njie.

Ah I donnez-nous, etc.

" Qui l'a gardé pendant sept ans (bis) Dedans une gabie.

Ah ! don nez- nous, etc.

" Pendant sept ans il y est resté, {bia) Menant bien triste vie.

Ah! donnez-nous, etc.

" Va, retourne, petit oiseau, (bis) Va, retourne à ta mie.

Ah ! donnez-nous, etc.

" Ainsi que lui, ne reviens pas (bis) Dedans cette gabie.

Ah ! donnez-nous la guillannée, Monseigneur, je vous prie 1 "

< Tous les auteurs français que j'ai pu consulter sur la matière s'accordent à donner une origine gauloise à la

coutume et aux chansons désignées à la fois par ce mot de Guignolée ou Guillannée. Aujourd'hui encore, dans l'ancienne province du Perche, d'où sont venus les ancêtres d'un grand nombre de familles canadiennes, on appelle les présents du jour de l'an: les éguUas; or la coutume druidique étant de distribuer le gui de l'an neuf *' par formes d'étrennes, au commencement de l'année," il est évident que de là vient ce nom de éguilas (ou éguilabiés^ comme on dit à Chartres,) donné aux cadeaux du nouvel an.

Le gui est une plante parasite qui nait sur le chône, sur le pommier, sur le prunier, sur l'acacia d'Amérique, sur le hêtre, sur l'yeuse, sur le châlaigner et sur plusieurs autres arbres. L'histoire de la puissance mystérieuse de cette plante est racontée en détail dans VEdda des Scandinaves, le livre qui contient le plus de renseignements sur le culte druidique.

On sait que, environ six cents ans avant Jésus-Christ, les Cimbres ou Kimris, qui habitaient la Crimée, firent éruption sur l'Europe septentrionale et occidentale et s'établirenL successivement dans les divers pays compris entre la Scandinavie, les Alpes et les Pyrénées. Ce furent ces peuples qui apportèrent le druidisme dans la Gaule. Il paraît que l'olympe des Cimbres, comme l'olympe des Grecs et des Romains contenait une société à mœurg joliment douteuses. Quoi qu'il en soit, une nuit, Balder, qui était le soleil, ni plus ni moins, eut un songe qui lui annonçait que sa vie était en danger. Il raconte son fait aux autres dieux, qui font avec Balder alliance offensive et défensive.

Une vraie brave femme de déesse qui avait nom Fréa, mariée à un dieu nommé Odin, fit faire serment au feu, à l'eau, au vent et à tout ce qui constitue les règnes animal, végétal et minéral de ne pas faire une égratignure au susdit Bald^r. Cela étant, tous les dieux se faisaient un amusement, dans leurs grandes assemblées, de lancer toute espèce de projectiles au fortuné Balder que rien ne pouvait blesser et qui prenait un singulier plaisir à cet amusement d'un nouveau genre. Malheureusement, il y avait de par l'olympe m\ vilain garnement, fourbe, hypocrite et envieux, au demeurant assez joli garçon, que ce jeu-là n'amusait pas ; il s'appelait Loke. Déguisé en vieille femme, il se rend au palais de Fréa, La déesse un peu curieuse et n\\ peu parleuse, lui demande si elle sait ce qui occupe le plus le conseil des dieux. — Les dieux, répond la vieille, jettent des traits et des pierres à Balder. — Et ni les armes de métal ni les armes de bois ne peuvent lui être mortelles, ajoute Fréa, car j'ai leur serment. — Quoi ! dit la vieille, est-ce que toutes les choses qui existent vous ont fait le même serment? — Oui, réplique Fréa, excepté pourtant un petit arbuste qui ci'oît au côté occidental du Valhalla (palais d'Odin), et qu'on nomme MUtil Teinn (gui), à-qui je n'ai pas voulu demander de serment parce qu'il m'a paru trop jeune et trop faible. . ..La vieille en savait assez. Loke reprenant sa forme naturelle s'en va vite arracher l'arbuste par la racine et s'en revient de l'air le plus innocent du monde prendre sa place au milieu des dieux. Or, parmi ces dieux, il en était un nommé Hoder qui était aveugle. Loke s'approche de lui et lui dit: — " Pourquoi ne lancez vous pas aussi quelques traits

à Balder? Prenez ceci et faites comme les autres.; je vais vous indiquer où il se trouve." Hoder ayant donc pris le gui, et Loke lui dirigeant la main, "il le lança à Balder, qui en fut percé de part en part, et tomba sans vie ; et l'on n'avait jamais vu parmi les dieux ni parmi les hommes un crime plus atroce que celui-là. ..."

" La fable de Balder (le Bélen des Gaulois) dit M. B. Clavel, explique le motif de cette recherche solennelle du gui du chêne. On comprend qu'elle avait pour objet de priver le dieu mauvais, qui représentait chez nos pères le • Loke des Scandinaves, des moyens de tuer Bélen (le soleil)."

" De nos jours encore, coutiaue M. Clavel, il s'est conservé dana q\ielque3 lieux du voisinage de Bordeaux des vestiges de cette eoutiiiiie druidique (la reclierchc du gui) : des jeunes gejis bizarrement vêtus vont eu troupe, le pre\nier janvier, couper des branches de chêu(i, dont ils tressent des couronnes, et reviennent entonner des cliausous qu'ils appellent guilanus. Il eu est de luêuie parmi lea peuples du Holstein, en A,liemagne, qui appellent le gui warentofen, rameau des spectres. Les jeunes gens y vont, au commencement de l'^innée, frapper les portes et les fenêtres des maisons en criant: G-uthyl! (gui)." Histoire des Gaules, p. 18.)

" Le grand sacrifice du guide l'an neuf se faisait avec beaucoup de cérémonies près de Cbartres, le sixième jour de la lune, qui était le commencement de l'année des Gaulois, suivant leur manière de compter par les nuits, ad viscmn druidtB cîamare solehanf, dit Pline.'» (C. Leber, ouvrage déjà cité, p. 21, t. IIL)

De toutes ces traditions nous n'avons importé, en Canada, que la mascarade du 1er janvier et le chant de la Guignolée ; mais dans plusieurs pays d'Europe, le gui ou rameau des spectres est encore un objet dé vénération auquel on attribue une grande puissance. (Voir Maliel, Intro-

duction à l'histoire du Danemark, t. I. — lîenry, Histoire d'Angleterre, t. I, etc., etc.)

Il est une autre coutume, autrefois en grand usage en Canada, à laquelle on attribue également une origine païenne, et que l'on aurait christianisée comme la Gui-

gnolée : c'est celle des feux de la Saint-Jean Tombée

aujourd'hui dans l'oubli, cette coutume subsistait encore au commencement de ce siècle dans certains pays de l'Europe (en Irlande, en France, en Espagne) de même qu'en Canada.

Les feux de la Saint-Jean paraissent remonter à une époque plus éloignée que l'établissement du christianisme; ils peuvent être considérés comme un reste de l'ancienne superstition et de la vénération que les Celtes avaient pour le feu, qui purifie tout,' qui échauffe et consume tout. Ijes païens l'adoraient comme la source première de la vie et du mouvement de l'univers, le symbole visible de la divinité. Ou allumait ces feux en réjouissance de l'arrivée du soleil au solstice d'été qui commence les longs jours (fin de juin). (1)

On lit dans la vie de saint Eloi (mort en 659), que ce fervent apôtre travailla avec ardeur à déraciner les nombreuses superstitions qui régnaient à cette époque dans l'esprit des populations du nord de la France, comme de danser et chanter à la fête du 24 juin, " de faire sauter les

(1) Diot. do Béoherelle, au mot /eu.

femmes malades par dessus des charbons allumés la veille, pour obtenir une heureuse délivrance."

Dans le Plaid du concile de Lestines ou Leptines, qui s'assembla en 742, d'après le désir de Karloman, duc des Français, on remarque un catalogue des superstitions païennes alors en usage, " entr'autres celle du feu de JVoc/yîr, au mois de juin, allumé en frottant l'un contre l'autre des morceaux de bois, pour faire des feux de joie en "honneur des dieux et des déesses ; l'attouchement des flammes ou de la fumée attirant de' prétendues bénédictions."

Le meilleur moyen de couper court à ce reste de paga iiisme était de transformer celte fête de la superstition en une fête chrétienne, et c'est ce que l'on fit.

M. LaRue a bien voulu me passer la petite note suivante touchant la cérémonie du dernier feu de la Saint-Jean dans sa paroisse natale :

" Il y a cinquante-cinq ou cinquante six ans que le dernier feu de joie de la Saint-Jean a eu lieu à Saint- Jean de nie d'Ojiéans. (l) C'était la grande fête de l'Ile ; le feu se faisait la veille de la fête et était précédé du salut. Les habitants des paroisses voisines s'y rendaient en foule, tous à cheval. Avant ce temps, les femmes s'y rendaient aussi, et à cheval, en trousse. Le bois du bûcher consistait en éclats de cèdre, toujours fournis par le môme, Laurent Fortier, dont les enfants vivent encore à Saint- Jean. Le curé bénissait d'abord le bûcher, puis battait du briquet et y mettait le feu. J^es désordes sans nombre qui accompagnaient la cérémonie l'ont fait abolir."

CD Ceci était éorit oq 1885, date de la première édition de cet ouvrage.

Ainsi la Guigiiolee et les feux de la Saint-Jean rappellent deux cérémonies du cnlte que les Druides rendaient au soleil. L'une avait lieu au solstice d'hiver et l'autre au solstice d'été.

La première version de la Guignolée, que Von va voir, a été recueillie dans le comté de Berlhier, et la seconde dans les cantons de l'Est.

A Solo, reprise en chœur.

Boujour le maître et la maî- Ires-se Et tout le B Solo, reprise en chœur.

*^ moud' do la mai- son. Pour le der- nier jour de l'au-

C Solo, reprise

né- e La I-gno- lé' vous nous de- vez. Si vous vou-

en cluBur.

lez rien nous dou- uer, di-tes-uous lé- - e : Ou emmè-

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ne- la seu-le- ment la fille ai- D Solo, reprise en chœur.

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— iS q*iri — zi — 0 i— -^ 1 — iv ■ — s; ,* 1* ;»

On lui fe- - ra fair' boa- ne chè- re, On loi fe-

ra chauffer le^ pieds.

Bonjour le maître et la maîtresse ) ,, . v Et tout le mond' de la maison. S

Pour le dernier jour de l'année ) -i . . La Igiiolé' vous nous devez. )

Si vous voulez riea nous donner, "j Dites-nous lé-e 1

On emmènera seulement

La tille aiuée. j

Xbis)

On lui fera fair' bonne chère, ) , On lui fera chauffer les pieds. )

C On vous demande seulement "j Une cliigiiée I

De vingt à trente pied do long [ ^ ' Si vous voulez-e. j

D La Ignolé', la Ignoloche, ■%

Mettez du lard dedans ma poche ! ^ '

C Quand nous fûm's au milieu 4u bois, Nous fûni's à l'ombre ; J'entendais chanter le coucou Et la coulombe.

• (bis)

A Rossignolet du vert bocage, )

Rossignolet du bois joli. ^ (o**)

JB Eh! va-t'en dire à ma maîtresse ) ,.

> {hi8)

Que je meurs pour ses beaux yeux.

C Toute fiir qui ii'a pas d'amant, 1 Comment vit-elle ?

EU' vit toujours en soupirant,

Et toujours veille, j

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