ÉCHELLE DES SONS
Dans son acception générale, le son, suivant Boëce, ‘est un battement d’air continué jusques au sens de loùye sans interruption aucune.”
Les milliers de bruits qui remplissent la nature n’ont pas tous le caractère musical. Pour qu’un son porte le caractère musical, il faut qu’on puisse lui assigner une place dans une échelle ou série de sons quelconque de manière que l'oreille ne le confonde
pas avec un son plus grave ou plus aigu.
re | , Cl L’immense échelle des sons musicaux, depuis le | . ; A ne cs parti plus grave jusqu’au plus élevé que Porcille puisse ha . ran entendre, se divise naturellement par intervalles que, 8 R k : ee mod dans le système musical qui nous est familier, nous | poin appelons octave. (1) avec Les sons compris entre les notes extrêmes d’une [I L . L 74 LE PL octave, se divisent de différentes manières, et par 5 . e e ou une | leur succession du plus grave au plus aigu, ou vice Il ! celle versà, constituent ce que l’on appelle gamme. ; à lc Le mode détermine lordre de succession des notes PAfr (1) Cet intervalle d’octave qui corsonne si parfaitement à l’oreille, est () aussi admirable d’ordre et de proportion dans ses causes que dans ses eflets, nous Que Pon fasse entendre un son donnant 200 vibrations par seconde, le er >
premier son tdentique à l’aigu donnera 400 vibrations, le second 500, et
ainsi de suite, pluce :
de la gamme ou d’une série de sons quelconque. (1)
Il faut bien se garder de croire que nos deux gammes du mode majeur et du mode mineur soient les seules acceptables pour l'oreille de l’homme. A part toutes les preuves du contraire qui ont déjà été données dans ce volume, et toutes celles que nous fournit l’histoire, il en est une excellente qui réside dans ce fait: que les Arabes, les Indiens, et les peuples orientaux, en général, ne connaissent point notre manière de diviser l’octave.
Dans les séries de sons des divers systèmes de musique en usage chez ces peuples, les intervalles sont quelquefois plus petits et quelquefois plus grands que les plus petits ou les plus grands intervalles de nos gammes majeures et mineures.
Chez les Hindous, l’octave, divisée en vingt-deux parties, présente, dans ses subdivisions, les plus graniles étrangetés. 11 n’est pas un seul de leurs six modes principaux (ragas) qui corresponde en tous points soit avec les modes de notre plain-chant soit avec nos deux modes majeur et mineur.
La division de l’octave chez les Arabes constitue une échelle de sons non moins étrange pour nous que celle des Hindous. ‘ Cette échelle... si naturelle
à l'oreille des habitants d’une grande partie de l'Afrique et de l’Asie, est divisée par tiers de tons, de
() Chez les anciens Grecs, l’échelle était divisée par séries de quatre notes tppeiées tétracordes. Lorsque Saint Ambroise limita à une octave l'étendue de chacun des quatre modes du chant ambrosien, l’unité artificielle du tétracurde, dans l’échelle des sons, disparut peu à peu pour faire pluce à l’anité naturelle de loctave.
telle sorte qu’au lieu de renfermer treize sons dans l'étendue de l’octave, elle en admet dix-huit......., Semblable au système de tonalité des Hindous, sous le rapport de la variété, celui des Arabes est de nature à faire comprendre jusqu’où peut aller la différence d’organisation musicale entre les peuples divers. Les douze modes de ce système se divisent chacun en treize gammes ou circulations. Toutes ces circulations répondent à notre gamme de la, mais dans un ordre de succession tel que les notes intermédiaires entre {a et son octave supérieure se présentent tour-à-tour dans un état d’altération qui résulte de la division de l’échelle par tiers de ton, à Pexception de la quarte supérieure (ré), qui est immuable comme les deux notes des extrémités de la gamme.” (|)
Il est certain que si nous entendions la musique qui repose sur de pareilles échelles de sons, nous la trouverions détestable, et cela parce que l’éducation de notre oreille nous porte à repousser de semblables divisions de l’octave. ‘“ Rien n’est plus difficile, dit M. Fétis, que de se former une idée juste d’une musique dont les élémens sont absolument différents de ceux qui servent de base à la musique qu’on a entendue pendant toute sa vie : les musiciens les plus instruits ont beaucoup de peine à se défendre en pareil cas des préjugés de leur oreille. Un exemple prouvera ce que j’avance.
USD Fêtis. Résumé philosophique de PHistoire de la Musique pages LÉ vi et LRXIX, 00/2 que, pag
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“M. Villoteau, ancien artiste de l’Opéra, était du nombre des savants qui suivirent le général Bonaparte dans lexpédition d’Egy".. Sa destination était de recueillir des renseignements sur la musique des divers peuples de l'Orient qui habitent cette contrée. Dès son arrivée au Caire, il prit un maître de musique arabe, qui, suivant la coutume de ces musiciens, faisait consister ses lecons à chanter des airs que son élève devait retenir : car, dans ce pays, Partiste le plus habile est celui qui sait de routine le plus grand nombre de ces airs. M. Villoteau, qui se proposait de rassembler beaucoup de mélodies originales du pays où il sc trouvait, se mit à écrire sous la dictée de son maitre ; et 1emarquant, pendant qu’il notait sa musique, que l’instituteur détonnait de temps en temps, il eut soin de corriger toutes les fautes qui lui semblaient être faites par celui-ci. Son travail terminé, il voulut chanter l’air qu'on venait de lui enseigner, mais lArabe l’arrêta dès les premières phrases en lui disant qu’il chantait faux. Là-dessus, grande discussion entre le disciple et le maitre, chacun assurant que scs intonations sont inattaquables, et ne pouvant entendre lautre sans se boucher les oreilles. A la fin, M. Villoteau imagina qu’il pouvait y avoir dans cette dispute quelque cause singalière qui méritait d’être examinée ; il se fit apporter un £oud, espèce de luth dont le manche est divisé suivant les règles de Péchelle musicale des
Arabes; l'inspection de cet instrument lui fit découvrir,