LE P'TIT BOIS D'L’AIL
Le beau chanteux qui a fait la chanson du Ptit bois d’l’ail a évidemment voulu la mener sur l’air de Jai fait une maîtresse, maïs il lui aura été plus facile de changer un peu la forme de la strophe, dès le premier couplet ; et de là altération dans la mélodie.
Les paroles de cette chanson sont d’une naïveté impaynble. Malgré cela, ou plutôt à cause de cela, elles sont précieuses à recueillir ; car, en dépit de quelques vers qui ne doivent leur existence qu’aux exigences de la rime, elles offrent une peinture très-
vraie de mœurs et d’idées qui avaient généralement
cours à la campagne à une époque qui n’est pas trèséloignée de nous.
‘“ Le petit bois de l’ail ” est le nom d’une concession de la paroisse du Cap-Santé. C’est là qu’est né notre artiste-peintre M. le chevalier Falardeau.
Cette chanson m’a été chantée par M. Louis Dion, de la Pointe-aux-Trembles.
Qui vernx sa- voir la lis-te des i- vrogn’
en- sei- gne, Au bout du ré-gi-
Qui veut savoir la liste
Des ivrogn’ à présent ?
C'est dans le P’tit bois d’l’Aille Yen a-t-un régiment ;
Et moi le capitaine,
François Juneau, marchand ; Edouard y porte enseigne
Au bout du régiment,
Par un dimanche au soir M'en allant promener,
Et moi et puis François, Tous deux de compagnée, Chez le bonhomimn’ Gauthier Nous avons ’té veiller ;
Je vais vous raconter
Le tour qui m'est arrivé.
J'y allumai ma pipe Comm’ c'était la façon, Disant quelques paroles Aux gens de la maison,
Je dis à Délima :
—Me permettriez-vous
De m’éloigner des autres Pour m'approcher de vous ?
—Ah! oui, vraiment, dit-elle, Avec un grand plaisir.
Tu es venu ce soir
C’est seul’ment pour en rire ; Tu es trop infidè'e
Pour me parler d'amour ; T'as ta p'tit’ Jérémie
Que tu aimes toujours.
Revenons au bonhomme Qu'est dans son lit couché, Criant à haute voix :
—“ Lima, va te coucher !
Les gens de la campagne.
Des ville’ et des faubourgs, Retirez-vous d'ici
Car il fait bientôt jour!”
J'n’attends pas qu’on me l'dise
Pour la seconde fois,
Et je dis à François :
T'en viens-tu quand et moi (avec moi)?
Bonsoir ma Délima,
Je file mon chemin !
Je m'en allais nu-tête,
Mon chapeau à la main,
Va t'en faire tes plaintes À Monsieur le Curé ; Dis-lui que sa parnisse Est tout bouleversée ;
Dis-lui que sa paroisse
Est sans dessus dessous,
Que dans le P’tit bois d’Aille On n'y voit qu’ des gens soûls,
On dit que je suis fier, Ivrogne et paresseux.
Du vin dans ma bouteille J'en ai ben quand je veux ; On ne voit point de graisse Figer sur mon capot ;
Il est toujours ben net-te Quoiq''1l ne soit pas beau,