‹ Chansons populaires du Canada [microforme]Chapitre 4 sur 132 · SERRE · texte numérisé non relu

SERRE

xiv PRÉFACE

Mais il y à dans les chants canadiens des formes de langage, des tours particuliers, des observations, des traits de mœurs et de caractère qui ne manquent pas de piquant et qui ont après tout leur mérite.

Il n'entre pas dans le plan de cet ouvrage d'apprécier la forme poétique de nos chants populaires. Je me contenterai d'indiquer ici la règle principale et presque unique à laquelle les poëtes rustiques veulent bien s’astreindre. Gette règle, c’est l'assonance, qu’un auteur français, M. Raynouard, a définie: ‘ la correspondance imparfaite et approximative du son final du dernier mot du vers avec le même son du vers qui précède ou qui suit, comme on appelle rime la correspondance parfaite du son identique final de deux vers formant distique.?

La longueur du vers populaire est souvent de quatorze syllabes ou mème davantage. Chaque fois alors que la rime est masculine (car les rimes parfaites s’y rencontrent quelquefois) la césure est invariablement féminine, ou, plus exactement, sourde. Conformément à l'usage, ces sortes de vers ont été, dans ce recueil, brisés à la césure ; ainsi les deux vers:

Par derrière chez mon père—lui ya-t-un bois juli ; Le rossignol v chante—ct le jour et la nuit, ont été écrits sur quatre lignes :

Par derrièr” chez mon père Lui ya-t-un bois joli; Le rossignol y chante

Et le jour et la nuit, etc., etc.

Pour ce qui est de la doctrine musicale qui découle des enseignements importants qu'offrent les mélodies popu-

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PRÉFACE xY

laires, j'ai traité tout particulièrement ce sujet dans les annotations qui précèdent éhacune des chansons recueil. lies, et surtout dans les remurques générales de la fin de ce volume.

Il est à peine besoin de dire que ce livre, quant à la partie notée, n'est pas du tout mon œuvre. C'est l'œuvre de ce compositeur insaisissable qu'on appelle Le peuple, et mon uiique préoccupation, en recuetllant les chants que contient ce volume, à été de les rendre tels que des personues du peuple, ou du moins des personnes non versées dans l’art musical, me les ont chantés.

Avant d'entrer en matière et pour l'intelligence de ce que j'aurai à dire au lecteur, on me permettra de rappeler ici un fait extrêmement remarquable de lhistoire de la musique. de laisse parler le regretté directeur du conservatoire de Bruxelles, l'artiste qui, pendant de longues années, porta le sceptre de la science musicale dans lEurope et dans le monde:

‘6... 11 me reste à parler, dit M. Fétis, (*) d’une audacieuse innovation qui opéra tout à coup, vers la même époque, (la fiu du XVIe siècle) une trausformatiou complète de la tonalité, je veux diré de l’art tout entier. Les règles de l’harmouie, depuis le quatorzième siècle jusqu’à la fin du seizième, avaient proserit toute relation de la note supérieure du premier demi tou (fa) avee l'inférieure du second (si).-.... Le résultat immédiat de cette prohibition était qu’il ne pouvait y avoir de note sensible réelle dans la musique, conséqueminent, que la tonalité de la musique actuelle ne pouvait exister. Car remarquez qu’il n’y a de note seusible que

parce qu'il y a répulsion harmonique entre la quatrième note et

(#) Résumé philosophique de l'histoire de la musique, p. CCXX et suivantes.

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