‹ Chansons populaires du Canada [microforme]Chapitre 3 sur 132 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

avec ces monuments communauté d'origine sont ehantés partout où se trouvent des descendants de Kimris ou de Gaulois : à Chartres, à Pékin, à Alger et jusque dans le pays des Algonquins.

Avant d'entrer dans plus de détails au sujets de nos chants populaires, citons quelques verbiages d'enfants, quelques uns de ces petits riens qui se répètent de génération en génération, et qui, presque tous, nous viennent de France (*) :

—Ventre de son,— estomac d'grue,— faille de pigeon, — menton fourchu,— bec d'argent, — nez cancan,— joue bouillie, — joue rôtie,— p'tit œil, — grot œil,— soucillon, — soucillette,— cogne, cogne, coune là mailloche!

— Celui là (le pouce; à été à la chasse; celui à (l'index) l'a tué; celui-là (le majeur) Pa plumé; celuilà (lannulaire) l'a fait cuire, et celui-là (auriculaire) l’a tout maugé, tout mangé, tout mangé !

—Monte échelle !— monte-là !— monie échelle !:— montelà!— p'tit trou,— casse-cou.— Qu'est-ce qu'i y a dedans ? —D'l'or et d'argent, — Qui est-ce qui l'a mis ?— Père et mère.— Qui est-ce qui l’ôtera ?— Frère et sæur.— Tourne, tourne, tourne, mon petit baril: celui qui rira le premier aura un petit soufilet

—P'tit couteau d’or et d'argent, ta mère l'appelle, vaten!

—Une pomme, deux pommes, trois pommes, quatre

(®) Voir les Chants et Chansons populaires des provinces de Y Ouest, par M. J. Bujeaud, et les Chunts et Chunsons populaires du Cumirésis, par ML Durieux et Bruyelle.

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z PRÉFACE

pommes, cinq pommes, six pommes, sept pommes, huit pommes, pommes neuf ! — J'in'en défeuds!

—Riche, pauvre, coquin, voleur, riche, pauvre, coquin, voleur, riche... (ceci est une sorte d'horoscope qui 86 tire sur les boutons de l'habit).

—1l est midi.— Qui-c' qui l'a dit ?— C'est la souris.— Où est-elle ?— Dans la chapelle. Que fait-elie? — De la dentelle.— Pour qui ?— Pour ces demoiselles. — Combien la vend-elle ?— Trois quarts de sel,

—Un i, un 4, * Ma tunto Michel; Un i un un, Cagi, cnjuin :

Ton pied bourdon, José Simon ;

Griffor, panlor,

Ton nez dehors !

Un bon nombre de nos chansons populaires se chantent encore, avec plus où moins de modifications et de variantes, dans les provinces de France (*) :

(*) Plusieurs de nos chansons se chantent en Franco avec des variantes lascives que nous ne connaissons pas en Canada. De là il suit évidommont qu’il a dû se faire ici un travail d’expurgntion à une date quelconque, ou peut-être insensiblemont. Or, ceux qui connaissent l’histoire des premiers temps do la colonie, — alors que l'on ne permettait qu'à des hommes exemplaires d'émigrer au Canada, et que, suivant les chroniques du temps, ceux dont la vertu était un peu douteuse semblaient se purifier par la traversée; alors que toute la colonie naissante ressemblait à une vaste communauté religieuse, et que les missions huronnes rappelaient les âges de foi de la primitive Eglise, — ceux-là, dis-je, comprendront facilement qu'à cette époque, on n'aurait jamais osé chanter devant ses frères des “eouplets obsoènes, et que le peuple a pu, de lui-même, introduire dans certaines chansons les variantes qui nous sont restées et qui les dégagèrent de toute immoralité.

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PRÉFACE xi

Derrière chez nous ya-t-un étang, — La fille du roi d'Espagne,—C'est dans Paris ya-t-une brune, — Entre Paris et Suiat- Denis, — se chantent dans les départements de l'Ouest,

Cécilia et Isabeau s'y promène, — se chantent en Cluunpagne,

Gai, lon, la, gai le rosier, — se chante dans la Saintonge et le Bas-Poitou.

Mon pére a fai F'ilir maison, —se chante dans la Saintonge et l’Aunis.

J'ai cueilli la belle rose, — se chante (toujours avec variantes) dans l'Angoumois, le Cambresis, l'Artois et le Nivernais.

Au bois du rossignolel, —se chante en Franche-Comté et aussi en Suisse, .

Mon père avait un beau champ de pois, — se chante dans le Cambresis, la Saintonge, l'Auuis et l'Angoumois. Les airs ne ressemblent pas aux nôtres.

Hier sur le pont d'Avignon,— se chante dans le sud-est de la France, et aussi dans le canton de Vaud, en Suisse.

Une perdriole,— se chante dans le Cambrésis.

J'ai tant dansé, j'ai tant sauié,— se chante dans le Cambrésis et le Poitou.

Et moi je m'enfuyais,— se chante dans la Vendée et dans le Cambrésis,

Dans ma main droite je tiens rosier, — se chante dans l'Angoumois, le Poitou, la Saintonge et l’Aunis.

J'ai tant d'enfants à marier !— se chante dans le nord et l’ouest de la France.

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Ah! qui marierons nous ?— se chante dans le Cambrésis.

Un jour l'envie m'a pris de déserter de France,— se chante

dans l’Angoumois.

Dans Paris ya-t-une brune plus belle que le jour.— se chante dans le midi, en langue provençale, (Voir les Chants populaires et historiques de la Provence, par M. D. Arbaud, p. 133, vol. [.) Ou chante aussi cette chanson en langue française, dans las départements de l’ouest,

Par derrière chez ma tante ya-t-un arbre planté,— se chante dans la Saintonge, l’'Angoumois, lAunis et le. Poitou, en français et en patois. Les airs sont tout différents du nôtre.

J'ai trop grand’peur des loups, — se chante dans le Poitou, et sur le même air qu'en Canada.

Je n'ai pas de barbe au menton,— se chante à La Rochelle: et dans le Bas-Poitou.

En filant ma quenouille,—se chante, avec un refraia différent du nôtre, dans la Saintonge et l’Aunis.

Bonhomme, bonhomme,—se chante dans le Cambrésis.

Qui veut manger du lièvre, — se chante dans le Poitou et. l'Angoumois.

A part les couplets où il est question d’un habitant et d’un colporteur, la chanson : Je voudrais bien me marier, mais j'ai grind'peur de me tromper nous vient de France. On la chante en Saintonge encore aujourd’hui.

C'est Pinson avec Cendrouille,— se chante dans le Cambrésis.

Par derrière chez ma tante lui ya-t-un pommier doux,—-se

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chante en Franche-Comté sur un air tout différent du nôtre.

À Saint-Malo beau port de mer,— se chante en Bretagne.

Quand j'étais de chez mon père, jeune fille à marier, — se chante dans le Nivernais.

Au jardin de mon père un oranger lui ya,— se chante en Normandie.

La Bibournoise,— nous vient du Dauphiné, du moins elle s'y chante encore,

Si tu te mels anguille,— est une légende bien connue en France; c’est elle qui à inspiré à Mistral le délicieux chant de Magali, dans son poëme de Wréio—poëme écrit en langue provençale, comme chacun sait,

Quand j'étais chez mon pére,— la légende de la jeune fille qui rencontre “trois cavaliers barons ”— se chante dans toutes les parties de Ja France, mais avec des refrains et sur des airs que nons ne connaissons pas ici.

Enfin, la Claire Fontaine, notre chanson populaire par excellence, a une communauté d'origine avec la plupart des habitants du Canada : elle vient de Normandie!

Cette nomenclature, quoique fort incomplète, est déjà trop longue. Je.ne dirai qu’un mot ici de nos chansons de composition canadienne. On aurait tort de faire fi de tout ce qui n’est pas poésie dans ces chants ; à vrai dire la poésie proprement dite en est le plus souvent absente ; on n’y rencontre pas de ces images gracieuses que l’on remarque dans la chanson populaire française, comme :

La plus jeune se réveille :

—Ma sœur, voilà le jour | —Nou, ce n'est qu’une étoile Qui veille nos amours fosse

PRÉFACE xiii

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