‹ Chansons populaires du Canada, recueillies et publiées avec annotations, etcChapitre 125 sur 136 · A LA SANTE DE GES JEUNES MARIES · texte numérisé non relu

A LA SANTE DE GES JEUNES MARIES

Quel est l’homme ayant tant soit peu de monde qui oserait parler malheur, déception, tombeau, au milieu d’un repas de noces ? Dans de telles circonstances, au contraire, chacun affecte une joie sans mélange, et ne parle que félicité suprême et bonheur sans fin. Et pourtant la crainte est dans tous les cœurs. Ici-bas :

«... jamais entière allégresse :

T> L’âme y souffre de ses plaisirs,

» Les cris de joie ont leur tristesse,

» Et les voluptés leurs soupirs.

» La crainte est de toutes les fêtes ;

» Jamais un jour calme et serein » Du choc ténébreux des tempêtes » N’a garanti le lendemain »...

Ge mystérieux « lendemain », on n’ose pas le regarder en face, on s’efforce de n’y pas songer. Plus courageux que nous, et, avouons-le aussi, la conscience plus tranquille, l’homme des champs ne craint pas d’en rappeler le souvenir même au milieu de ses fêtes. Au lieu de se dorloter mollement dans la jouissance du présent, au lieu de s’écrier inutilement, comme Lamartine :

« Ne pourrons-nous jamais sur l’océan des âges » Jeter l’ancre un seul jour » ?

il regarde l’avenir avec calme, tâche de mettre à profit l’expérience du passé, et se raffermit dans le sentier du devoir.

Les couplets que l’on va lire prouvent, une fois de plus, la vérité de cette assertion des frères Grimm : que les chansons du peuple ne savent jamais mentir.

Sur vo • tre bon - té

Ah ! je

ai — i — p — — l: - -

me re - po - - se. Pùis - que vous vou-

cJ 1

-JL * .....

ez

Tous i -

- ci que

se

tu

Vous chan - ter u - • ne chan - son, Don - nez

vo-tre at - - ten - ti - • on.

Sur votre bonté Ah 1 je me repose.

Puisque vous voulez Tous ici que j’ose Vous chanter une chanson.

Donnez votre attention.

Je ne parle pas Ici du breuvage,

Ni de ce repas,

Mais du mariage ;

Je ne parle maintenant Que de ces jeunes amants.

Vous avez dit : oui,

Mot très-agréable ;

Mais il est aussi Souvent regrettable,

Et jusque dans le tombeau On se repent de ce mot.

Messieurs, jusqu’ici,

Jusqu’à vos oreilles.

Je puis bien parler De tous ceux et celles Qui se prennent sans s’aimer Et meur’nt sans se regretter.

Vous, jeunes amants,

Qui cherchez des belles,

Veillez sagement,

Soyez-leur fidèles,

Car vous pourriez être enfin Accablés de grand chagrin.

Pour vous conserver Beaux jours et bon rôle,

Vous d’vez répéter Souvent ces paroles :

Dieu veuille que je sois doux A eell’ dont je suis l’époux !

Tu ne dois aimer Que ta chère femme,

Que Dieu t’a donnée Pour fidèl’ compagne ;

Tu dois toujours éviter CelT qui pourrait te charmer.

Vous vous êt’s aimés.

Aimez-vous encore !

Vous serez charmés De revoir l’accor’e Régner dans votre maison Avec la paix et l’union.

Jeun’ femme, écoutez !

Vous ferez de même ;

De Dieu suppliez La bonté suprême Qu’il vous bénisse tous deux Et vous donne des jours heureux.

Messieurs, c’est assez Sur le mariage ;

Daignez me verser De ce doux breuvage :

Que je boive à la santé De ces jeunes mariés.

DANS TOUS LES GANTONS (Paroles recueillies par M. J. A. Malouin )

L’auteur de ces couplets, après avoir énuméré les vicissitudes du ménage, nous apprend que lui en a été exempt, qu’il est tombé sur un bon « gibier ». Cela prouve deux choses : 1° que les femmes peuvent être bonnes quelquefois (elles le sont même très souvent ) ; 2° que les poètes de tous les calibres ne peuvent que difficilement se taire sur leurs avantages.

Cette chanson, au reste, est, dans son genre, un petit chef-d’œuvre. La morale en est toute pratique : savoir bien choisir son « gibier ».

- if - iP -

— ^ - -jj - P - !

^ Dans tous les can - tons Ya des fill’s et des gar¬

y ri? : k ~ /s

/Jb p D ~ 0 7 $

VI/ - £ - üfc - f/ - 1 — — -

çons Qui veul’nt se ma - ri - - er, C’est la pu - re vé - ri-

t/TV? r 1

té. Les gar-çons vont les voir, Le plus sou - vent le

9 JR f

-m Zj 9

vy -

soir ; Les fill’s se ré - jou - iss’nt Quand ell’s voi’nt leurs a-

* fi

vir —

mis ; Ell’s se dis'nt en sou - riant : Le voi- là mon a-

di - 1

J mant !

Dans tous les cantons Ya des fills’ et des garçons Qui veul’nt se marier,

C’est la pure vérité.

Les garçons vont les voir Le plus souvent le soir ;

Les fill’s se réjouissent Quand ell’s voi’nt leurs amis ; Ell’s se dis’nt en souriant :

Le voilà mon amant !

Jeunes fill’s, écoutez,

Qui voulez-vous marier :

Votre engagement Vous causera du tourment.

Vous prenez en état De pein’s et d’embarras ; Bien souvent du chagrin.

Sans en connaîtr’ la fin,

Qui vous f’ra regretter La maison qu’vous quittez.

Étant mariée,

Il faut tout abandonner,

Tous les agréments D’être avec les jeunes gens.

Faut rester au logis Pour plaire à son mari ;

Vous êtes mariée

Par votr’ propr’ volonté ;

Vous avez pris mari,

C’est pour lui obéir.

S'il est complaisant,

Vous aurez de l’agrément ;

Mais s’il est jaloux,

Vous n’en aurez pas beaucoup.

Combien y en a-t-il De ces méchants maris,

Que tout leur intérêt C’est d’aller au cabaret.

Pour y passer leur temps A hoir’ tout leur argent 1

Le soir arrivé,

Ils revienn’t à leur logis Tout en furibons Et menant le carillon ;

Disant d’un air fâché r

* Donne-moi à souper I » Promptement fais mon lit,

» Car j’ai besoin d’dormir » !

Comment pouvoir chérir Un si brutal mari ?

Vous, à la maison,

Ni pain, ni lard, ni poisson,

N’ayant pas le sou

Et souvent manquant de tout...

Et vos petits enfants Qui vous diront : « Maman,

» Donnez-nous donc du pain,

» Car nous mourons de faim » !

Hélas, quel crève-cœur Vous f’ra verser des pleurs !

Mais comme cela

Tous les hommes ne sont pas :

Car tous ces défauts,

Pour un seul, ce serait trop !

Yen a, assurément,

Qui sont plus complaisants :

Ils aim’nt leurs compagnées Puisqu’ils les ont épousées.

Ils veul’nt les soulager :

C’est pour se faire aimer.

Mais si les maris Ne sont pas tous garantis,

C’est qu’il yen a trop

De ces femm’s qu’ont des défauts..

De ces humeurs marabouts,

Que rien n’est à leur goût ;

Quand on veut leur parler Dans un coin s’en vont bouder.

Comment n’pas faire courroux Avec un tel hibou ?

La semaine, au logis,

Ell’s ont l’air tout étourdies ;

Mal peignées, mal chaussées,

Et souvent mal arrangées.

Le dimanche arrivé,

Vous les voyez frisées,

Que tout’s leurs qualités N’est qu’pour la vanité.

Ell’s n’ont aucun souci Pour l’affair’ du logis.

Qu’en a composé la chanson C’est un vieillard de ce canton Qui n’a pas regretté Le jour qu’il s’est marié.

Il a pris un gibier Qu’il a su conserver ;

Elle a des qualités Qu’il n’a point publiées :

Que chacun fass’ comm’ moi, Qu’il chante ce qu’il sait 1

Page 1