J’AI PERDU MON AMANT
Deux sortes de rythme nous sont familiers ; l’un appelé poétique, qui se combine avec la mesure ; l’autre appelé prosaïque ou oratoire, qui n’est entravé par aucune mesure et qui est le rythme propre du plain-chant. J’examinerai plus loin, avec le lecteur, le caractère particulier de ces deux espèces de rythme. En attendant, que l’on veuille bien remarquer ici que le rythme de la mélodie notée ciaprès se refuse complètement aux exigences d’une mesure uniforme, et que quelquefois même il semble vouloir s’affranchir de toute mesure pour se rapprocher du rythme oratoire.
J’ai recueilli cette chanson dans le comté de Maskinongé, et ne l’ai entendu chanter nulle part ailleurs.
J’ai souvent remarqué que les mélodies du peuple qui offrent le plus de contradictions avec les lois établies, sont d’ordinaire les moins universellement connues, surtout dans les villes. Elles semblent s’être retirées dans les bas-fonds populaires, si je puis m’exprimer ainsi, — là où l’art moderne ne peut avoir que difficilement accès.
J’ai perdu mon amant Et je m’en souci’ guère ;
Le regret que j’en ai Sera bientôt passé.
Je porterai le deuille D’un habit de satin :
Je verserai des larmes De vin.
Amant, que j’t’ai donc fait Qui puiss’ tant te déplaire ?
Est-c' que j’tai pas aimé Comm’ tu l’as mérité ?
Je t’ai aimé, je t’aime.
Je t'aimerai toujours.
Pour toi mon cœur soupire Toujours.
La maison de chez nous C’est un lieu solitaire :
On n’y voit pas souvent Divertir ses amants.
Pour des amants qu’on aime, Qu’on aim’ si tendrement,
On aimerait les voire Souvent.
— Si j’étais hirondelle,
Vers toi, bell’ demoiselle,
Par derrièr’ ces rochers J’irais prendr’ ma volée.
Sur votre main, la belle,
J’irais me reposer,
Pour raconter la peine Que j’ai.