‹ Chansons populairesChapitre 22 sur 89 · LES RATS · texte numérisé non relu

LES RATS

Que font-ils donc dans mon alcôve étroite?

En tous les sens j'ai beau me retourner, De droite à gauche, et puis de gauche à droite, Dans, le tympan ils viennent me corner !

J'entends partout s'eiTondrer ma muraille , Grincer le bois et le plâtre gémir ; Dieu ! les Titans commencent leur bataille ! . . . Les rats m'empêchent de dormir;

Quel bruit ! il pleut ! il vente ! je frissonne ! Là-bas, rhiver.... Je pense avec horreur Au malheureux que le froid aiguillonne ; Je songe encore au pauvre voyageur.

Dans la forêt, que l'aquilon tourmente, Il marche seul , oh ! comme il doit frémir !

La forêt tombe... et la mer écumante!... Les rats m'empêchent de dornur.

Les yeux fermés , combien je vois de choses Que je ne vis jamais les yeux ouverts :

Des diables noirs et des sylphides roses Tourbillonnant dans des nuages verts.

Bien loin, là-bas, j'aperçois une femme, Fleur du désert, que maltraite 'un éinir....

Je vois crouler les tours de Notre-Dame!...

Les rats m'empêchent de dormir.

J'ai traversé l'océan Atlantique, J'ai découvert des pays inconnus :

Un continent que je nomme Amérique , Des fleuves d'or et des hommes tout nus.

Je veux bien haut proclamer ma conquête ; *

Sur un rocher j'essaye à m' affermir ; Le rocher roule et me casse la tête ! . . .

Les rats m'empêchent de dormir.

Ah ! qu'il est doux de battre la campagne !

Je laisse aller mes jambes au hasard ; Parbleu ! je suis dans la blonde Allemagne , Je m'en vais voir Jellachich et Mozart!

Je vois rouler des torrents d'eau-de-vie, S'enfuir des rois et des canons vomir ; £t nos tambours entrent dans Varsovie ! . . . Les rats m'empêchent de dormir.

Sur le soleil j'ai braqué ma lunette ; Je sens vers lui des ailes m' élever; Chemin faisant, je trouve une planète Que Leverrier n'eût pu jamais trouver !

Je t'y rencontre , à ma belle maîtresse ; Que viens-tu faire?. . . Ah ! je me sens blêmir ! . . . Un vieux magot sous mon nez la caresse....

Les rats m'empêchent de dormir.

48 GUSTAVE XADAUD.

Bon 1 me voilà dans les sombres abîmes !

Je reconnais Babylone et Paris ; De r arsenic je compte les victimes ; Dien ! quel monceaa de rats et de maris !

Au bord fatal je cherche en vain Voltaire ; Près de Lafarge est mon chien Casimir. . . .

J'irai demain chez mon apothicaire ; Les rats enfin me laisseront dormir !

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