A DÉRANGER
Air du Grenier,
C'est un festin où la gaîté préside , D'où la franchise a banni les façons ; Buvons, amis; c'est dans un verre vide Qu'on a trouvé la source des chansons.
De mets fumeux et de roses nouvelles »
Voyez, au loin, la table se charger; Les vins sont vieux et les amis fidèles :
mes amis , chantons du Béranger !
Ne vois-je pas apparaître Jeannette?
Sans ornement son corsage est plus beau; Voici Margot tirant sa collerette , Et voici Lise avec son frais chapeau.
Mais le Champagne, aux robes si funeste,.
Vient de donner le signal du danger :
Adieu chapeau, collerette... et le reste :
mes amis , chantons du Béranger !
Amis , buvons ! Le vin à nos pensées Apportera la force et la grandeur;
Il nous rendra nos victoires passées,
Nos visions de gloire et de splendeur.
O souvenir 1 du sein de nos ruines ,
Avec un nom, fais pâlir l'étranger,
£t fais bondir nos cœurs dans nos poitrines :
mes amis, chantons du Béranger!
Us sont passés , ces beaux jours de conquêtes : vieux guerriers , versez , versez vos pleurs ! Brisez la lyre, ô sublimes poètes Qni n'aviez pas de chants pour nos malheurs!
Dès trop longtemps , la Muse , sans défense , Aux mains des Goths se laissait outrager , Mais le génie est immortel en France :
mes amis , chantons du Béranger !
Ainsi toujours puisons dans sa parole La souvenance et T oubli tour à tour; Qu'avec le 'vin F amitié nous console ; Buvons l'espoir, le plaisir et l'amour. Et si des gens aux faces hypocrites En nos ébats venaient nous déranger, Pour faire fuir les sots et les jésuites , mes amis , chantons du Béranger !