CHEVEUX NOIRS ET BLANCS
J'avais vingt-cinq ans, j'étais amoureux,
Et pour ma maîtresse Je voulus choisir, parmi mes cheveux,
La plus noire tresse.
Tout en la coupant, je fus bien forcé
De voir, non sans peine.
Plus d*un fil d'argent qui s'était glissé
Dans ma pure ébène.
Alors je me dis : Un amant discret
Ferait à sa belle Un don qui toujours le rappellerait.
Sans danger pour elle.
Chaque cheveu blanc fut pris à son tour,
Et, la moisson faite.
J'offris ce présent à ma belle, un jour,
Le jour de sa fête.
J'avais cinquante ans, j'étais amoureux,
Et pour ma maîtresse Je voulus choisir, parmi mes cheveux,
La plus blanche tresse.
Tout en la coupant, je vis d'un cAté,
âU GUSTAVE NADAUD.
Non sans quelque gloire, Pins d'un cheveu brun encore incrusté
Dans mon pur ivoire.
Alors je me dis : Un amant discret
Ferait à sa belle Un don qui toujours le rappellerait,
Sans Ranger pour elle.
Je pris un par un chaque cheveu noir,
Et, la moisson faite, J'olTris ce présent à ma belle, un soir,
Le soir de sa fête.
Ces doux souvenirs écrits en cheveux,
La même personne Tous deux les reçut, les garda tous deux.
Gela vous étonne?
Le temps est passé de la floraison
Argentée ou noire; L'automne a détruit ma double toison
D'ébène et d'ivoire.
Mais nous possédons quelque chose là
Que rien ne déflore :
Un cœur bien donné , qui jadis parla ,
Qui bégaye encore.
pt nous revoyons nos jours et nos soirs ,
La vendange faite , ^£t mes cheveux blancs et mes cheveux noirs,
Quand revient sa fête.